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[Legs & Dons] Pourquoi et Comment financer les écoles indépendantes ?

Dans un long reportage consacré à l’éducation par le magazine Valeurs Actuelles, Anne Coffinier revient sur les différentes missions de la Fondation pour l’école et les raisons pour lesquelles un soutien financier des écoles indépendantes est plus que jamais nécessaire.

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Donner pour préserver le passé… et préparer l’avenir

Paru dans Valeurs Actuelles le 2 juin 2018, par Marie de Greef-Madelin

Financer des écoles libres pour nos enfants, former des maîtres, faire du lobbyisme…: la Fondation pour l’école permet l’envol des établissements Montessori, d’Espérances Banlieues… À nous aussi de donner.

L’échec de l’Éducation nationale a quelque chose de préoccupant, tant le sentiment d’inadaptation de l’école aux besoins des enfants semble s’accroître. Pour la rentrée de septembre, plus de 230 projets d’écoles indépendantes, un record, ont été déposés à la Fondation pour l’école.

« Sur les dix dernières années, le taux de croissance est trèsfort : 31 écoles créées en 2011, 93 en 2016, 122 en 2017. Cette montée en puissance traduit bien l’inadéquation du système actuel», dit Anne Coffinier, directrice de la fondation, qui oeuvre pour le renouveau du système éducatif français.

Le succès de ces nouveaux établissements a des causes multiples —méthodes d’apprentissage, environnement éducatif, social, religieux, culturel…—, mais il faut bien admettre que c’est la personnalité propre à chaque enfant qui fournit le principal argument. «Le système actuel ne se préoccupe pas de l’enfant tel qu’il est réellement, des sa sensibilité, de ses capacités…», poursuit l’experte, normalienne, énarque et mère de quatre enfants. Et de rappeler que 40% des élèves des écoles publiques sont en échec scolaire à la fin du CM2, ayant accumulé des lacunes telles qu’ils ne pourront pas suivre les cours du collège.

40%DES ÉLÈVES DES ÉCOLES PUBLIQUES SONT EN ÉCHEC SCOLAIRES À LA FIN DU CM2.

Pour l’essentiel, les parents n’acceptent plus d’entendre l’expression “votre enfant n’est pas scolaire”. À l’explosion des phobies scolaires, parfois dès le CP, quin’est pas sans poser des questions sur l’enseignement en maternelle, ou à la multiplication des crises de panique, il faut ajouter les problèmes d’apprentissage de la lecture, d’insuffisance d’enseignement des langues — la France compte très peu d’écoles européennes ou internationales —, de sport, de musique… Pour les enfants très voraces en apprentissage comme pour ceux qui sont fragilisés, la nécessité d’aborder l’éducation différemment passe par une relation personnelle entre l’enfant et l’éducateur.

Alors, quel sur-mesure ?

Les créations d’écoles Montessori, axées sur le respect du plus petit et la créativité, sont les plus nombreuses: de l’ordre de 25 nouvelles structures chaque année. Si bien que leur nombre a doublé depuis 2012, avec désormais plus de 240 établissements en France s’inspirant de la psychiatre italienne Maria Montessori, pour qui « l’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas, celui de bâtir l’homme lui-même ».

Un succès qui doit à la renommée internationale de cette pédagogie et aussi à son modèle économique: les écoles facturent des frais de scolarité élevés, de l’ordre de 500 euros par mois pour rentrer dans leurs coûts et assurer leur viabilité. Autre tendance, les écoles écocitoyennes qui s’inspirent d’une rhétorique sur le développement durable, le mouvement des Colibris, influencé par Pierre Rabhi, ou encore sur le modèle des “libres enfants”de Summerhill…

 

«Les modèles pédagogiques des écoles indépendantes sont incroyablement variés, allant de projets très disruptifs à des écoles classiques type “hussards noirs de la République” qui remettent l’histoire chronologique, le calcul et la dictée quotidienne à l’honneur ou veulent faire aimer la France », poursuit Anne Coffinier.

L’État doit prendre ses responsabilités

Ouvrir par exemple des écoles dans les banlieues pour apporter aux enfants généralement issus de l’immigration, une éducation solide, pour leur donner une chance de réussir et d’apporter une contribution positive à la société. En somme, de vivre en France de façon apaisée. Tel est l’objectif des écoles Espérance Banlieues, dont le développement, au-delà du nombre (11 établissements à travers la France), est symboliquement intéressant.

Néanmoins, ces écoles se heurtent à des problèmes d’argent: comment demander un effort financier à des familles massivement au chômage ou disposant de revenus précaires? Créées par impulsion locale, dans un esprit très engagé, ces écoles sont rarement portées par les parents d’élèves et, s’agissant d’établissements privés hors contrat, ne reçoivent aucun soutien financier de l’Éducation nationale. Pour continuer à se développer, elles demandent à l’État de prendre ses responsabilités.

 

«Au gouvernement de mettre en place un système de financement pérenne,au prorata du nombre d’élèves et selon un système d’évaluation, pour permettre à ces établissements de conserver leur liberté», réclame Anne Coffinier. Elle cite en exemple des cas à l’étranger, en particulier au Royaume-Uni où les free schools sont financées sur le modèle des ONG.

Facilitatrice de projets, la Fondation pour l’école, qui abrite elle-même douze fondations, n’est financée que par des fonds privés. Avec la suppression de l’ISF et sa transformation en IFI, les dons à la fondation ont chuté de 40 %. Une crise majeure alors même que l’enseignement n’a jamais eu autan besoin de se réinventer. Comme l’écrit le philosophe François-Xavier Bellamy: ” Il n’est pas de plus urgente ni de plus belle mission que de transmettre l’héritage culturel,qui peut seul constituer pour l’avenir ’unité de notre pays”.

Marie de Greef-Madelin

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