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La Fondation pour l’école tous azimuts ! Nouvelles formations pour les profs, recours au Conseil d’Etat pour le futur Bac, inspections des écoles indépendantes… 2 mn pour saisir les enjeux du 1er trimestre

Article paru sur le site Toute Educ le dimanche 14 octobre 2018,
reproduit ici avec l’aimable autorisation du site

Essor des « écoles indépendantes » (ou « hors-contrat »), offre de formation continue pour les enseignants avec le lancement d’une « académie du professorat », recours au Conseil d’Etat contre la réforme du baccalauréat : Anne Coffinier, directrice générale de la « Fondation pour l’école » répond à ToutEduc.

ToutEduc : Vous avez introduit un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’Etat contre la réforme du baccalauréat. En quoi estimez-vous que les élèves des écoles indépendantes sont discriminés ?

Anne Coffinier : Ils n’ont pas droit au contrôle continu et devront passer, « à la fin de l’année de terminale une épreuve ponctuelle pour chaque enseignement faisant l’objet du contrôle continu » (article 9 de l’arrêté du 16 juillet 2018, ici). Ils auront un examen très lourd, qui aura lieu en fin de terminale même pour la spécialité prévue pour la première seulement, avec un jury et des épreuves spécifiques, ce qui interdira de les comparer à leurs camarades. Cela va donc à l’encontre du sens de la réforme (simplification, évaluation…). De surcroît, ils n’auront pas d’éléments à fournir pour leur inscription sur la plateforme Parcoursup, qui doit être renseignée très tôt. Juridiquement, notre dossier est solide. D’autant que nos élèves de seconde n’ont pas eu droit au test de positionnement, ce qui constitue une discrimination supplémentaire.

ToutEduc : Vous faites état d’un développement « exponentiel » des « écoles indépendantes ». Comment l’expliquez-vous ?

Anne Coffinier : La demande est importante et ne trouve pas toujours d’offre. L’Ile-de-France veut attirer les « brexiteurs » qui pensent « bilingue », voire « trilingue », mais en dehors de l’école Jeannine Manuel et de quelques autres, vous ne trouvez pour l’heure pas grand chose. A Paris, le prix du foncier réserve les écoles indépendantes au secteur lucratif, « hors-sol », sans perspective sociale. Les fonds de pension et les investisseurs, qui ont déjà pris la main sur l’enseignement supérieur et sur les formations à distance, s’intéressent de plus en plus au second degré (voir notamment ToutEduc iciiciici, ndlr). Il y a une très forte demande pour des écoles de qualité, bilingues ou trilingues, exigeantes académiquement mais ouvertes sur un post-bac international moins réducteur que la seule perspective des écoles préparatoires. Des écoles qui abordent l’enfant avec foi en ses capacités, dans un esprit positif et enthousiaste, comme savent le faire les anglo-saxons. La Fondation pour l’école cherche aujourd’hui des moyens de permettre aux écoles indépendantes de répondre à cette demande, tout en gardant une visée sociale, qu’elle défend depuis toujours.

ToutEduc : Quelles sont les tendances ? ToutEduc a noté l’essor des « écoles démocratiques » et un tassement des écoles confessionnelles, une seule école musulmane (ici).

Anne Coffinier : Il faut d’abord noter que la « loi Gatel », dont la discussion au Sénat nous a permis de faire disparaître les aspects les plus nocifs, mais dont l’effet rend plus difficile la création d’écoles, n’a pas empêché cet essor. Les écoles créées cette année sont moins souvent confessionnelles ou traditionnelles. Pour les « écoles démocratiques », leur nombre est un peu artificiellement gonflé puisqu’elles ne distinguent pas les niveaux d’enseignement, et qu’il suffit d’un élève qu’on classe au niveau du collège pour que notre système comptabilise un établissement supplémentaire. Mais il est vrai que si vous prenez aussi en compte les écoles Montessori et de « pédagogie active », vous avez une idée de la profondeur du désir de la société, des parents, d’avoir d’autres écoles que celles que propose le modèle de l’Education nationale. On veut, de plus en plus, que les enfants soient acteurs de leur éducation. Les parents, eux, veulent être impliqués, se former, pour faire partie d’une communauté vivante dans le cadre d’une aventure collective. Enfin, les enfants porteurs de handicap ou de troubles de l’apprentissage qui ne trouvent pas de place dans les écoles publiques bénéficient, a contrario, d’un accueil bienveillant dans les écoles indépendantes.

Nous recensons, avec les moyens qui sont les nôtres, les écoles déclarées. Par conséquent, certaines nous échappent. Ainsi, la FNEM (la fédération des écoles privées musulmanes, ici) ne semble pas toujours elle-même bien informée de ce qui se passe sur le terrain, et certaines associations cultuelles peuvent organiser des enseignements sans le dire…

ToutEduc : Quels sont vos rapports avec les inspections, qui devraient être renforcées ?

Anne Coffinier : Nous n’avons aucun problème avec les inspections de l’Education nationale, à condition qu’elles soient réalisées dans un esprit de neutralité, ce qui n’a pas toujours été le cas jusqu’ici. L’Education nationale est en train de se structurer, pour avoir des personnels mieux formés aux spécificités des écoles indépendantes. Inspecter une école Montessori, une école à pédagogie explicite ou une école « Espérance ruralité », ce n’est pas tout à fait la même chose. Cela dit, trop d’inspecteurs ont tendance à envisager les écoles alternatives comme celles de la « concurrence »… c’est pourquoi nous souhaitons la mise en place d’une instance indépendante, qui intégrerait des représentants de l’univers qu’ils inspectent, des syndicalistes représentants de nos enseignants et dirigeants d’école, ou des représentants des réseaux d’écoles, par exemple…

ToutEduc : Vous lancez dans les jours qui viennent une « académie du professorat » après avoir créé une « école professorale de Paris ». De quoi s’agit-il ?

Anne Coffinier : L’école professorale de Paris, créée il y a deux ans, est un établissement de formation initiale des enseignants du 2nd degré, qui les prépare au CAPES et à l’agrégation avec de très bons résultats. Par ailleurs, nous voulons contribuer au développement de la formation continue des professeurs de l’enseignement public comme de l’enseignement privé, sous contrat ou indépendant, d’où cette Académie dont le lancement officiel est prévu dans 3 jours, le 17 octobre prochain pour 4 disciplines, maths, français, histoire géographie. Nous avons aussi un module « gestion de classe ». Fondée sur le principe du pair à pair, notre Académie fait intervenir des professeurs de terrain et des experts de haut niveau. Le site web (ici) décrit l’esprit de notre programme. Nous allons aussi proposer des formations sur tous les sujets et enjeux des nouveaux programmes et du nouveau bac au second semestre. En complément de cette Académie, nous sommes en train de mettre en place un site internet collaboratif consacré à l’échange gratuit de cours et bonnes pratiques pédagogiques de pair à pair entre professeurs francophones issus de l’enseignement public et privé (ici).

Nous avons donc maintenant une offre de formation initiale et continue pour les 1er et 2nd degrés, ainsi que pour la vie scolaire. Nous songeons à créer une formation pour l’accompagnement des enfants handicapés (AVS/AESH). De son côté, notre maison d’édition (ici), Critérion, enregistre un vrai succès dès son lancement. Sa section « littérature jeunesse », ses poésies et ses manuels d’histoire sont particulièrement appréciés (ici).

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