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Le bac : lauréat des injustices endurées par les écoles indépendantes

E.Macron a prévu de réformer le baccalauréat afin de « le muscler » selon les termes de J.-M. Blanquer, en misant sur la diminution du nombre d’épreuves à 4 matières fondamentales ainsi qu’en donnant une plus grande importance au contrôle continu. Ces ambitions sont similaires à celles qu’avait exprimé Luc Chatel dès sa prise de fonction au ministère de l’Education Nationale de 2009 à 2012 et de celles de François Fillon en 2004.
Vraisemblablement, ces prises de position politiques de grande similarité ont rencontré les mêmes difficultés quand il s’est agi de mettre en œuvre la réforme proposée. Si on ne peut décemment s’opposer à une hausse de niveau de cet examen, la menace du contrôle continu pèse sur les lycées indépendants et les forcerait à envisager des alternatives au baccalauréat de l’Education nationale.

Un historique du baccalauréat : passage du privé au public

Les premiers baccalauréats datent du XIIIème siècle avec l’apparition de l’Université de Paris qui était sous l’autorité de l’Eglise. Le baccalauréat représentait le premier grade obtenu dans chacune de ces 4 facultés : arts, médecine, droit, théologie. Le baccalauréat ès arts était celui par lequel il falait passer pour accéder aux autres baccalauréats, considérés comme supérieurs, et celui de théologie était le plus prestigieux qu’il était possible de passer.
Le baccalauréat a vécu un tournant décisif après la Révolution française car il a été institué par l’État en 1808, par une décision de Napoléon Bonaparte. Il instaura non pas quatre mais cinq disciplines : sciences, lettres, droit, médecine et théologie, et institua deux autres grades : la licence et le doctorat. De la même manière que sous l’Ancien Régime, le niveau des baccalauréats n’était pas le même suivant les disciplines. Les bacs ès lettres et ès sciences, en tant qu’ils tenaient du baccalauréat ès arts, devaient être passés avec succès afin de pouvoir accéder aux autres enseignements.

Le monopole de l’Etat sur le baccalauréat et la reconnaissance des grades

L’Etat s’est alors arrogé le monopole de la collation des grades. Cela signifie qu’il s’instaure « [comme une] sanction des études secondaires et [comme un] premier grade de l’enseignement supérieur qui permet d’établir le « monopole de l’Université » (une administration totalement publique, d’Etat) sur cet examen, ce « grade ». Selon le décret du 17 mars 1808, seules les « facultés » (organismes de l’université) peuvent conférer les « grades » » selon le blog de Claude Lelièvre.
« On comprend alors que – dans ce cadre – la « validation des acquis du secondaire » ne peut se faire dans (et par) les établissements secondaires ( notamment privés…), et qu’il n’y a aucune place a priori pour un « contrôle continu » ». Même si le contrôle continu est une notation intéressante car plus fidèle au niveau de l’élève tout en prenant en compte ses progrès, celle-ci mettrait pour de bon les écoles indépendantes de côté.
En effet, pour que le contrôle continu puisse s’appliquer, il faut un système d’évaluation avec un même barème de notation, permettant de généraliser son application dans toutes les régions du monde proposant aux élèves de passer le bac.
Or, par définition, les lycées indépendants, dès lors qu’ils sont libres de choisir leur programme au travers de la pédagogie choisie, ne peuvent pas faire reconnaître un contrôle continu en tant qu’ils n’ont pas les mêmes repères.

Le baccalauréat a donc à lui seul la clé d’entrée dans l’enseignement supérieur. Il oblige à passer par lui en tant qu’il est le seul passage permettant d’accéder aux études supérieures. Il a donc une influence non négligeable sur les programmes des lycées indépendants qui doivent s’adapter à celui de l’Education nationale.

Changement de la fonction du bac

Le changement de notation témoignerait la volonté du nouveau gouvernement de redonner un sens fonctionnel au bac.

Mis à part de rares changements de formes et d’importants changements de fonds, l’évaluation de l’épreuve n’a pas changé malgré l’allongement progressif de l’instruction obligatoire puis la transformation du bac en certificat d’études nouvelle génération (avec l’objectif de conduire 80% (défini par Jean-Pierre Chevènement) d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat). C’est à cause de cet objectif que certains emploient le terme « dévaluation » pour parler des dernières sessions. Cette « dévaluation » serait double puisqu’elle concernerait autant le niveau des épreuves que la fonctionnalité de l’examen. Il est censé représenter le premier grade de l’enseignement supérieur et permettre d’influencer l’orientation post-bac.
Or, les élèves connaissent leur lieu d’admission avant même les épreuves du bac. Où est l’enjeu de la mention si le but est juste de l’avoir ? On assiste à un déplacement du problème car de plus en plus, c’est en 1ère année d’études supérieures que le tri est réellement fait. Donc si auparavant le bac servait d’examen d’entrée dans le supérieur, il n’est aujourd’hui qu’un diplôme permettant à chaque bachelier de s’inscrire dans n’importe quelle université pour ensuite être tiré au sort. Afin de parvenir à réformer le bac en profondeur, il faut donc aussi revoir quelle est la finalité de cet outil dans le parcours des jeunes.

« Je pense qu’il faut qu’on retrouve son utilité profonde, qui est non pas d’être une forme d’évaluation finale de l’élève, mais (…) un tremplin pour la suite de son parcours […] »

Jean-Michel Blanquer à propos du bac sur France Culture, le 4 juin dernier.

Les alternatives au bac pour les lycées indépendants

Elles ne sont pas répertoriées dans le RNCP mais peuvent mener l’élève à des études brillantes grâce à une reconnaissance du bac à l’étranger, notamment grâce à la pratique régulière des langues étrangères.

    • Le bac international

Renseignements de L’Etudiant : « Le baccalauréat international, un diplôme étranger, a été créé par l’IBO (International Baccalaureate Organization), une fondation éducative sans but lucratif fondée en 1968. Il se décline en trois programmes d’enseignement (primaire, premier cycle secondaire, et dit « du diplôme ») pour des jeunes de 3 à 19 ans. Il existe dans plus de 3.400 établissements scolaires et 143 pays. En France, seulement 11 écoles privées le proposent. Il est dispensé en trois langues : anglais, espagnol et français.
Le bac international n’est pas reconnu automatiquement dans toutes les formations supérieures comme le bac « classique » en France. Il permet d’entrer néanmoins dans des établissements comme HEC, Sciences po, Dauphine, l’université Panthéon-Assas, etc. Il ne faut donc pas confondre l’IB avec l’option internationale du baccalauréat (qui se prépare dans les sections internationales des lycées français) »
.

Pour en savoir plus sur les matières enseignées et sur le contenu de l’épreuve : http://www.ibo.org/fr/programmes/

    • Le bac européen

Selon le dictionnaire Sensagent du Parisien, « le baccalauréat européen est attribué aux étudiants réussissant entièrement le cursus d’une école européenne, dont la plupart sont des enfants de personnes travaillant pour une institution européenne (il existe actuellement quatorze écoles européennes réparties dans sept États membres).
Le baccalauréat européen est reconnu par tous les États membres de l’Union européenne. Les matières étudiés étant à la fois diversifiés et nombreuses, le baccalauréat européen peut être comparé au baccalauréat français ou à l’Abitur allemand. »

Pour en savoir plus sur les matières enseignées pendant le cursus européen et sur le contenu de l’épreuve : http://cache.media.eduscol.education.fr/file/_-Sans_nom-_/80/5/Brochure_Baccalaureat_Europeen_2015_438805.pdf

Le gouvernement actuel entend donc redonner un sens au bac en lui rendant son importance pour la suite des études. Les écoles indépendantes ont donc tout intérêt à penser à adopter le bac international ou européen qui ouvrent eux aussi à des études brillantes tout en leur permettant de garder leur spécificité.

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