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Témoignage d’un président d’association gestionnaire d’une école hors contrat, créée voici six ans.

« Franchement, moi, comme père de quatre enfants, je ne vois vraiment pas ce que je fais comme président d’une association qui gère une école indépendante d’une cinquantaine d’élèves ! J’ai un travail qui me prend déjà beaucoup et là, je me rajoute des centaines d’heures dans l’année. Cette semaine, par exemple, j’ai eu le Conseil d’Administration de l’École, un rendez-vous avec un électricien pour les locaux, la visite d’une autre école hors contrat avec les institutrices pour prendre des idées pédagogiques… sans compter les nombreux coups de fil.

Mais voilà : nos enfants sont une priorité ; nous voulons qu’ils puissent apprendre à lire, à écrire et compter selon nos vœux et qu’il y ait cohérence entre ce qu’ils vivent à la maison et à l’école.

Les parents qui nous ont rejoints au fil des années font un effort important : par exemple, sacrifice financier (on paie l’école dans nos impôts et on repaie !), ou sacrifice du « je sors du système ». Car être à part n’est pas un objectif !

Une école comme la nôtre ne marche donc que parce qu’il y a dons de temps, d’argent et de compétences. Je pense aux membres du Conseil d’Administration, au trésorier bénévole, à la directrice bénévole, aux parents qui viennent bricoler et bien sûr, au premier chef, à nos institutrices – elles touchent 110% du Smic. C’est cette logique exigeante mais partagée entre tous qui donne un esprit particulier et paisible. Nous le sentons jusque dans la cour de récréation où les enfants montrent souvent beaucoup d’attention les uns pour les autres.

Il est vrai que les petits effectifs en classe aident. Mais ce point essentiel nous cause aussi un souci… financier ! Une approche purement gestionnaire nous inciterait à dépasser les 20 élèves par classe. Mais l’idée n’est pas de faire du nombre : nous ne voulons pas perdre en qualité de suivi des élèves. Les économies d’échelle sont donc très difficiles à réaliser.

Cette précarité est parfois fatigante, mais c’est elle qui nous pousse à aller de l’avant, à ne pas être des écoles du passé mais bien des « labos » innovants sur le plan pédagogique : par exemple, par la prise en compte d’apports récents sur le fonctionnement du cerveau – nous utilisons la méthode de lecture de Ghislaine Wettstein-Badour, et par le partage d’expériences entre professionnels. La visite que j’évoquais à l’instant dans autre école hors contrat nous a sensibilisés à l’acquisition de matériel Montessori qui permet une expérimentation manuelle et sensorielle, préalable à l’abstraction chez l’enfant.

Pour ce projet hyper-exaltant, nous allons donc rester sur la brèche, continuer à chercher des soutiens et des dons. L’enjeu est d’une grande dignité. »

Propos recueillis par Joseph Bibardière

Que peuvent et doivent apporter les écoles indépendantes (« hors contrat ») aux enfants ? C’est ce qu’explique Sœur Daniel-Marie Champarnaud, religieuse enseignante qui connaît bien celles qui se sont créées ces dernières années.

Depuis plus de 20 ans, vous contribuez au développement des écoles catholiques indépendantes en France. D’abord en ayant fondé vous-même une école en 1989, et maintenant en supervisant plusieurs de ces écoles. Quel est selon vous l’intérêt de tels établissements ?

Ces écoles peuvent mettre en place des méthodes qui ont fait leurs preuves : la lecture syllabique par exemple. De nombreux chercheurs ont montré qu’elles correspondaient au fonctionnement du cerveau de l’enfant. L’enseignement hors contrat propose aussi une analyse grammaticale structurée et donc structurante, ou un apprentissage classique du calcul.

En plus de cela, les classes ont souvent de petits effectifs. Pour suivre chaque élève, il ne faut pas plus de douze élèves en CP et de vingt en CM. Comment peut faire un instituteur qui a trente enfants, ne serait-ce que pour la correction des cahiers ?

 À quoi doivent, selon vous, ressembler idéalement les écoles indépendantes ?

Elles doivent à tout prix éviter la tentation de l’élitisme. À mes yeux, leur vocation est d’accueillir aussi bien des élèves en difficulté que des élèves brillants.

Dans les sessions de formation pédagogique que j’anime à destination du personnel enseignant de ces écoles, je redis la phrase de Montaigne : « Un élève n’est pas un vase qu’on emplit mais un feu qu’on allume. » Si on bourre le cerveau, on peut aller jusqu’à éteindre le feu. Il n’y a aucune raison de faire le programme de sixième en CM2.

La tentation de l’élitisme, on la retrouve aussi dans la tentation du conceptuel. Je me souviens avoir rencontré des élèves sortant d’un cours sur le parallélogramme. Sur leur cahier, aucun schéma. La maîtresse n’en avait même pas dessiné un au tableau. L’enfant a besoin de concret. Thomas d’Aquin (1225-1274) disait à la suite d’Aristote (384-322) : rien n’est dans l’intelligence qui n’ait d’abord été dans le sens. Le carburant de l’intelligence, c’est ce que le toucher, l’odorat, la vue, l’ouïe et le goût apportent. Il faut donc faire expérimenter concrètement les savoirs aux enfants comme on le voit par exemple dans la méthode de la pédagogue Maria Montessori (1870-1952). En formation des maîtres, je dis souvent qu’il faut dramatiser l’enseignement. « Dramatiser » au sens théâtral du terme, rendre vivant, captivant, raconter, donner à voir.

Certains parents semblent choisir ces écoles pour la discipline qui y règne. Qu’en pensez-vous ?

Dans l’enseignement, il faut conjuguer rigueur et souplesse. De la rigueur car cela donne des repères. L’enfant a besoin d’un cadre structuré, serein et rassurant pour apprendre. On a sans doute beaucoup oublié cela ces dernières décennies. Mais il ne faut pas oublier la souplesse, la fantaisie, l’ouverture qui facilitent l’apprentissage. La discipline ne doit jamais conduire à casser l’enfant, à l’humilier, à étouffer ses dons. Tout l’art de la pédagogie est d’aider l’enfant à construire sa personnalité, à lui révéler à lui-même des talents qu’il ignore.

Les écoles chrétiennes indépendantes valorisent souvent l’aspect religieux. Quelle place leur conseillez-vous d’y accorder ?

Je me souviens avoir été un jour furieuse, très furieuse ! Un soir, j’assurais du soutien scolaire ; un enfant était tout penaud. L’explication ? Sa maîtresse lui avait donné à recopier cinq fois sa leçon sur l’Esprit-Saint car il ne la connaissait pas suffisamment ! C’est bien plus qu’une aberration ! Pensez-vous que cela puisse conduire ce garçon à aimer l’Esprit-Saint ? L’environnement de foi n’a qu’un objectif : que les enfants sachent que Dieu les aime et les aimera jusqu’au bout, toujours. Un jour, j’ai croisé un CM dans la cour. Il m’a dit : « Ma sœur, je suis aimé de Dieu pour toujours ! ». Voilà la réussite !

Dans la catéchèse, on peut donner un peu de contenu à apprendre par cœur mais certainement pas au même niveau que les matières comme l’histoire ou le français.

En quoi doit, à votre avis, consister la prière du matin dans une école chrétienne hors contrat ?

Ce n’est pas avec la longueur qu’on va gagner. Un Notre Père, une offrande de sa journée, une invocation… c’est suffisant. Rien ne sert d’en rajouter.

Et quand une messe est proposée, il ne faut pas prolonger l’action de grâce ou multiplier les chants. Nous vivons à une époque où il y a beaucoup de bruit. Nos enfants ont besoin de messes pas trop longues qui offrent du calme, du silence, du recueillement.

Vous connaissez bien l’univers des écoles indépendantes. À quoi doivent-elles être attentives ?

Elles doivent veiller à la pression des parents qui est parfois très forte. Ils peuvent parfois demander beaucoup et trop dans l’enseignement, la discipline, le religieux. Les directions et enseignants doivent bien garder le cap et en revenir à quelque chose parfois bien oublié : le bons sens ! Le bon sens pour doser la quantité de travail, doser les exigences, favoriser l’épanouissement de l’enfant.

Les écoles hors contrat ont-elles de l’avenir ?

Je connais beaucoup d’écoles indépendantes qui font très souvent du très bon travail pour les enfants. Ce mode d’enseignement en petits effectifs devrait encore beaucoup se développer dans les prochaines années.

Témoignage recueilli par Bertrand Lethu.

 Rentrée des classesFaut-il mettre nos enfants dans une école catholique indépendante (hors contrat) ? Voilà la question que se posait voici deux ans un couple, parent de quatre enfants. Le papa raconte pas à pas leur cheminement. Récit d’une année complète.

Avril – Le temps du mûrissement

L’école indépendante (hors contrat), pas mon truc ! Cette façon de se démarquer me chiffonne. On est parfois si différents et en marge quand on est catho… Alors si on en rajoute avec le choix d’une petite école bien estampillée chrétienne, n’est-ce pas la ghettoïsation directe ?

Le problème, c’est que Jeanne (1), notre première fille (5 ans), vit difficilement sa scolarité dans l’école privée catholique de notre commune : elle s’ennuie au point de ne plus vouloir aller en classe le matin. Une bataille quotidienne pour la lever, la monter en voiture, la laisser à l’école. Le corps enseignant, très bienveillant, a pourtant été remarquable : il lui a déjà fait sauter une classe.

Alors, en cette fin d’hiver 2009, une question nous habite : que faire pour notre fille chérie ? Voici quatre ans, une école catholique indépendante s’est montée à 6 kilomètres de chez nous, en pleine campagne. Quinze élèves pour commencer, puis trente, puis quarante ! Mais toujours de petits effectifs dans les classes : cinq élèves par exemple en CP. N’est-ce pas ce qui pourrait convenir à Jeanne ? Peut-être bénéficierait-elle d’une personnalisation dans l’enseignement, plus difficile avec 25 élèves.

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La Fondation pour l’école, fondation reconnue d’utilité publique depuis mars 2008, vient de se voir reconnaître par le ministère de l’Intérieur, le 4 août 2011, après les avis positifs du ministère de l’Éducation et du Conseil d’État, la capacité d’abriter des fondations en son sein. En devenant « fondation abritante », à l’instar de la Fondation de France par exemple, la Fondation pour l’école devient une des rares fondations françaises capables de proposer aux grands bienfaiteurs (particuliers et entreprises) de créer une fondation sous égide dans le domaine de l’éducation.

Cette extension de la capacité juridique de la Fondation pour l’école est une excellente nouvelle pour les écoles indépendantes comme pour les bienfaiteurs :

  • Les écoles indépendantes à but non lucratif ou les réseaux d’écoles pourront créer leur propre fondation sous l’égide de la Fondation pour l’école. Les écoles garantiront ainsi à leurs bienfaiteurs une transparence encore plus élevée sur le traitement et l’affectation de leurs dons ainsi qu’une sécurité juridique optimale en matière fiscale. En passant par la Fondation, les écoles pourront recevoir des donations et des legs qui, de plus, se feront en exonération totale de droits de mutation.
  • Les grands bienfaiteurs, particuliers ou institutionnels (et notamment les entreprises), pourront créer leur propre fondation sous égide pour mener, en étant abrités par la Fondation pour l’école, leur propre politique philanthropique sans avoir à en assumer les tâches administratives (traitement des dons, comptabilité, certification des comptes, contrôles…).

Pour en savoir plus sur l’intérêt qu’il y a pour les bienfaiteurs ou les écoles indépendantes à créer une fondation sous l’égide de la Fondation pour l’école : http://www.centre-francais-fondations.org/creer-une-fondation/etapes-et-procedures/creer-une-fondation-abritee

« L’association ‘Créer son école’ a répertorié 488 établissements hors contrat en France (1). Le nombre d’écoles indépendantes est en croissance chaque année. En 2011, 19 ont été créées et trois ont fermé. Et pour la rentrée prochaine, sur les 26 projets en préparation, environ 20 écoles devraient ouvrir effectivement leurs portes en septembre 2011 », indique vendredi 8 juillet 2011, Anne Coffinier, la directrice générale de la Fondation pour l’école, une structure qui soutient le développement des « écoles indépendantes » en France. Dans une interview, Anne Coffinier détaille pour AEF le paysage des établissements hors contrat, leurs caractéristiques et les enjeux de « leur essor ». Elle précise les activités et les chantiers ouverts par la Fondation pour l’école, axés notamment « sur la visibilité de l’enseignement hors contrat pour éviter les fantasmes autour de ces écoles ».

AEF Quelles sont les missions de la Fondation pour l’école ? Comment fonctionne-t-elle?

Anne Coffinier : En 2004, j’ai lancé l’association ‘Créer son école’ (AEF n°61512) dont l’objectif était de diversifier l’offre de l’enseignement en France mais aussi de faire connaître les modèles innovants émergeant. Nous souhaitions également développer le conseil juridique pour accompagner les créations d’école. L’association existe toujours et sa mission est la même. En parallèle, nous avons crée la Fondation pour l’école, reconnue d’utilité publique depuis 2008 (AEF n°133052), qui fonctionne exclusivement sur dons privés. Nous allouons environ un million d’euros par an à une quarantaine d’écoles hors contrat sélectionnées par notre comité des dons. Il s’agit de les aider à se créer, ou bien à se perfectionner ou s’étendre pour répondre à la forte demande des familles, pour les écoles déjà existantes. Ce sont essentiellement des dons, généralement de l’ordre de 3 000 euros pour une création d’école. Dans certains cas, nous prenons des parts dans les SCI des écoles pour les aider dans leur développement. C’est souvent l’immobilier qui pose problème dans ces dossiers.

AEF : Vous venez de publier un annuaire répertoriant l’ensemble de l’offre de l’enseignement hors contrat en France (1). À quoi ressemble ce paysage des « écoles indépendantes » en 2011 ?

Anne Coffinier : L’association ‘Créer son école’ a répertorié 488 établissements hors contrat en France (2). Le nombre d’écoles indépendantes est en essor chaque année. En 2011, 19 ont été créées et trois ont fermé. Et pour la rentrée prochaine, sur les 26 projets en préparation, environ 20 écoles devraient ouvrir effectivement leurs portes en septembre 2011. Les écoles indépendantes sont très variées, sur le plan pédagogique, éducatif et confessionnel. Le premier bloc est constitué de l’enseignement non-confessionnel qui compte 300 écoles. Dans l’enseignement confessionnel, ce sont les écoles de confession catholique qui se sont les plus développées. On en compte 120. Il y a ensuite 44 écoles de confession juive, 18 écoles de confession protestante, et 6 écoles de confession musulmane. Le cas de l’enseignement de confession protestante est particulier car vers le début du XXe siècle ils ont donné leur réseau d’écoles à l’État et commencent tout juste à recréer de nouveaux établissements.

AEF : Constatez-vous des différences sur le territoire et selon les niveaux d’enseignement?

Anne Coffinier : Les établissements qui sont les plus développés sont les écoles : on a comptabilisé 298 écoles maternelles et 292 écoles primaires. En revanche, on ne répertorie que 174 collèges et 115 lycées généraux et techniques. Ces différences s’expliquent essentiellement par des raisons financières. On estime qu’une école doit être à l’équilibre économique entre quatre et cinq ans après sa création. En revanche, l’équilibre financier est beaucoup plus long à acquérir pour les collèges et encore davantage pour les lycées.

Ensuite, il existe effectivement des différences sur le territoire. Il y a énormément d’écoles indépendantes dans les Yvelines, les Hauts-de-Seine puis en Bretagne et en Vendée qui ont une très grosse culture de l’enseignement privé. Il y en a également pas mal dans les territoires d’Outre-mer et enfin à Paris. Mais dans la capitale, ce sont surtout des écoles à but lucratif, en raison du coût prohibitif de l’immobilier.

AEF : Qui sont ces créateurs d’écoles indépendantes ? Qu’est-ce qui, à votre avis, les poussent à faire ce choix?

Anne Coffinier : Ce sont de plus en plus des professeurs, qui viennent souvent de l’enseignement public, mais aussi des parents d’élèves. Il faut le dire, ce sont des personnes déçues de l’Éducation nationale qui se tournent vers les écoles indépendantes. Déçues de la baisse du niveau d’ensemble qui touche même les enfants les plus brillants scolairement, déçues du fait que l’école publique ne parvienne pas à se remettre en cause alors que 30 % des enfants sont en échec scolaire (taux de difficultés prononcées à lire et écrire en fin de primaire). Si l’école telle qu’elle est met en échec 30 % des enfants, c’est qu’il faut que l’école change dans son enseignement et son style éducatif. Qu’elle essaie autre chose. Et là, la souplesse et la diversité qu’offre le hors contrat sont un avantage déterminant. C’est particulièrement vrai pour les banlieues par exemple.

Ensuite, il y a aussi des parents qui rentrent de l’étranger et n’arrivent plus à se réhabituer au système public français, trop rigide et cassant. Par exemple, en Grande-Bretagne, le style et l’organisation sont complètement différents. Il y a moins de pression sur les élèves ; l’enseignement est diversifié en fonction des aptitudes et des motivations de chaque élève, lequel est par ailleurs davantage responsabilisé.

La volonté de créer une école peut également s’expliquer par des opinions pédagogiques très tranchées. Il y a ceux qui soutiennent une méthode très précise comme la méthode syllabique et au-delà les méthodes d’enseignement progressives et explicites. Ce sont généralement des professeurs. Il veulent une école plus rigoureuse, plus systématique que l’école publique. Aux antipodes, il y a ceux qui créent des écoles « plus douces », « plus à l’écoute de l’enfance », qui ne souhaitent pas que leur enfant rentre dans un moule. Ils souhaitent une école axée sur le respect de l’enfant ou de ses rythmes naturels d’apprentissage comme celles développant la méthode Montessouri. La qualité de l’enseignement public n’est pas toujours la seule raison qui pousse les parents et les enseignants à vouloir créer ou rejoindre une école indépendante. Les attentes des parents en matière de formation religieuse peuvent entrer également en ligne de compte. C’est notamment le cas chez beaucoup de parents qui se (re)convertissent dans une religion. Il s’agira par exemple de donner une culture catholique à ses enfants, nouvellement convertis, alors que son propre milieu est étranger à cette culture.

AEF : Des députés socialistes proposent la création d’une commission d’enquête sur des pratiques intégristes et sectaires dans les établissements privés et notamment hors contrat, déplorant un manque de contrôle de l’État (AEF n°149788). Qu’en pensez-vous?

Anne Coffinier : Cela relève du fantasme absolu. La Miviludes enquête depuis des années sur la question et n’a jamais recensé de telles pratiques. Ces établissements sont les plus surveillés. Une ouverture d’école est toujours compliquée. Il y a une enquête des renseignements généraux, il faut l’accord du maire, du préfet et du procureur. Il y a une enquête de mœurs. Ensuite, les personnels sont inspectés une fois par an pour voir si les valeurs civiques et les normes de sécurité sont respectées mais surtout pour savoir si la cohérence avec la loi sur l’obligation scolaire est assurée.

La référence est l’obligation de suivi du socle commun mais nous sommes libres de suivre les étapes que nous voulons pour le faire acquérir aux élèves, liberté qui n’est parfois pas assez bien prise en compte dans le cadre des inspections. Les inspecteurs ne sont pas assez formés aux spécificités de l’enseignement hors contrat. Les écoles indépendantes n’ont d’intérêt général que dans la mesure justement où elles proposent des modèles éducatifs et des méthodes pédagogiques différente de ceux de l’Éducation nationale. Quel avantage la Nation retirerait-elle du fait d’avoir des écoles libres si c’est pour qu’elles ressemblent à s’y méprendre dans leur enseignement à l’école publique ?

AEF : Vous avez crée en 2007 un institut « libre » de formation des maîtres, l’ILFM. Quelles sont ses particularités ?

Anne Coffinier : Nous formons aujourd’hui 100 personnes par an selon deux formules. La première formule d’une durée de deux ans, est à mi-chemin entre la prépa et la fac. Elle concerne 20 personnes et est accessible avec une licence et un concours d’entrée avec oral et écrit. Nos élèves-instituteurs ont trois fois trois mois de stages dans des écoles différentes. Ils ont aussi six week-ends de formation théorique répartis dans l’année (cours magistraux et travaux dirigés en petits groupes) et l’accès à des vidéos de formation sur notre site. Des devoirs sur table et à distance sont organisés chaque mois pour encadrer, motiver et évaluer leur travail d’acquisition des connaissances disciplinaires et des compétences pédagogiques. La deuxième formule est pour les professeurs qui souhaitent se perfectionner, en formation continue. Nous proposons aussi des formations sur mesure et des cycles de conférences de culture générale dédiées aux professeurs.

AEF : Quels sont les projets de la Fondation ?

Anne Coffinier : Nous avons lancé cette année une formation des directeurs d’école de type managériale et nous souhaitons la poursuivre. Il s’agit de donner toutes les connaissances et les réflexes nécessaires pour bien développer son école, aussi bien dans le domaine du droit qu’en finances ou communication. Il s’agissait notamment de leur apprendre à communiquer et à s’ouvrir à l’extérieur et notamment à la presse.

Depuis deux ans, nous menons également une expérimentation dans douze établissements. Nous essayons de construire une « certification qualité » qui donne des garanties de qualité aux familles. Nous produisons des fascicules dans des domaines différents comme la comptabilité par exemple. Ces fascicules listent la procédure à suivre, donnent des conseils et des bonnes pratiques. Ensuite, nous allons dans les établissements leur montrer comment adapter ce référentiel à leurs spécificités. Nous ne savons pas encore si l’on fera de ce référentiel un label. Tout dépendra du bilan de cette expérimentation. Enfin, nous allons travailler sur la visibilité de l’enseignement hors contrat pour éviter les fantasmes autour de ces écoles. Nous allons lancer un blog en septembre avec des articles sur des pratiques innovantes ou des interviews et des vidéos expliquant ce qu’est une école indépendante, pourquoi des parents choisissent le hors contrat, et en quoi cette option est intéressante pour des parents toujours à la recherche de ce qu’il y a de mieux pour leur enfant.

(1) Annuaire des écoles indépendantes, 2011, Éditions Créer son école. Prix : 29 euros.

(2) Sur tous ces établissements hors contrat, on relève 54 internats, 62 écoles à pédagogie différenciée filles/garçons, 102 écoles bilingues ou internationales, 22 écoles appliquant la pédagogie Steiner-Waldorf et 84 écoles Montessori. 15 écoles sont spécialisées dans l’éducation des enfants précoces et 30 écoles pour les enfants souffrant de troubles de l’apprentissage dont 15 pour les dyslexiques.

Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école

Dépêche n°152949, parue sur le site de l’AEF le lundi 11 juillet 2011 (http://www.aef.info )

Un baromètre en baisseEt pourtant, ils restent 60 % à considérer que ces mêmes pouvoirs publics (État, régions, communes) devraient s’occuper en priorité de l’éducation. Un hiatus étonnant !

Commandé par l’institut Paul Delouvrier, publié le 6 juillet dans Les Echos et diffusé sur France Info, un sondage BVA compare, pays par pays, l’opinion des citoyens européens sur leurs services publics. On constate que le service public est jugé avec une grande sévérité partout en Europe, mais singulièrement en France – et surtout dans le domaine de l’éducation, où l’école reste néanmoins au premier rang des priorités des Français « en matière d’action publique ».

Quelles sont les attentes prioritaires en matière d’action publique ?

En Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en France comme en Italie (les cinq pays du périmètre de l’étude), le « trio de tête » des attentes est le suivant : santé publique, 48 % ; emploi, 47 % ; éducation, 46 %.

En France, l’éducation passe au premier rang, avec 60 % de réponses positives, suivie de l’emploi (58 %) et de la santé (43 %). En matière d’éducation, les deux pays les plus demandeurs sont la France et l’Angleterre (45 %).

Quelles sont les appréciations à l’égard des services publics en matière d’éducation ?

En Europe, les « très bonnes » appréciations (6 %) et les « assez bonnes » (33 %) sont minoritaires face aux « plutôt mauvaises » (43 %) et aux « très mauvaises (17 %). Le sondage ne donne pas les résultats par catégories pour la France, où le total des bonnes opinions ne dépasse pas 24 %. En 2010, le même sondage donnait 34 % de bonnes opinions, soit une baisse de 10 % en un an seulement.

Quand les lignes commencent à bouger…

Il conviendra d’analyser ce hiatus entre de très fortes attentes et une piètre satisfaction. On peut évoquer plusieurs axes : un signal d’alarme face à une dégradation rapide ; le sentiment que ce ne serait pas inéluctable ; un attachement fort à l’État providence, envers et contre tout…

Gageons néanmoins que ce constat fera bouger les lignes. Plus que jamais, les écoles libres vont apparaître comme des ressources fiables et des partenaires de valeur pour des parents soucieux de donner la meilleure éducation à leurs enfants.

En 1992, la Suède décida d’améliorer la qualité de son système éducatif et de diversifier l’offre scolaire : elle instaura un chèque éducation, par lequel les municipalités financent toutes les écoles référencées en fonction du nombre d’enfants que chacune scolarise. Les parents peuvent donc choisir librement et gratuitement l’école de leurs enfants, qu’elle soit publique ou privée. Ce modèle s’étend de la maternelle jusqu’aux jeunes de 20 ans. Les établissements scolaires indépendants sont rémunérés par les municipalités à parité avec les établissements publics. Ils doivent respecter les mêmes objectifs généraux et le même cadre juridique que l’enseignement public, mais peuvent présenter des profils divers, qu’ils soient culturels, ethniques, pédagogiques ou religieux.

Les écoles libres se sont considérablement développées depuis 1992 et scolarisent actuellement 11 % des élèves primaires contre 1 % seulement en 1991 (ndlr : soit le pourcentage actuel des écoles hors contrat en France en 2010). L’expérience est très concluante : la diversité des écoles et la possibilité d’en choisir une qui convienne réellement à l’enfant se sont considérablement améliorées ; les évaluations montrent que la concurrence entre les écoles a contribué à renforcer la qualité, même dans les écoles publiques, du moins dans les zones où se trouvent des écoles libres.

Ce système, introduit par un gouvernement de centre-droit, a survécu aux alternances politiques. Le seul débat qui persiste concerne l’impact du chèque éducation sur la ségrégation scolaire : l’a-t-il aggravée, en facilitant la fuite des meilleurs élèves des zones défavorisées vers de meilleures écoles plus éloignées, ou bien est-elle fondamentalement due à des réalités géographiques, à savoir l’existence même de zones défavorisées qui rassemblent des pauvres et des immigrés ? Le libre choix des écoles a en tout cas offert à tous la possibilité de choisir les écoles les plus appréciées puisqu’elles sont désormais gratuites.

D’après Mats Gerdau, député suédois, lors du colloque international  organisé au Sénat le 2 juin [2010] par la Fondation pour l’école sur le thème «  l’École, comment innover ? ».

Article paru dans Les Chroniques de la Fondation – juillet 2010.

 

Créé en 1963 pour gérer l’affectation des élèves après le baby-boom, le dispositif de la carte scolaire s’est vu attribuer par la suite la mission de garantir la mixité sociale à l’école. En 2007, fraîchement élu, Nicolas Sarkozy a promis sa suppression. Quatre ans plus tard, elle n’a pas disparu, mais aurait été « assouplie » ; les élèves sont toujours affectés à l’établissement de leur secteur, mais peuvent obtenir une dérogation, notamment s’ils sont boursiers. « Une manière de favoriser l’égalité des chances et la diversité sociale », affirme-t-on rue de Grenelle.

Des bilans sont déjà disponibles. Le premier, réalisé après la rentrée 2007 par deux inspecteurs généraux (« Les nouvelles dispositions de la carte scolaire », Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux, octobre 2007), est clairement négatif : « C’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu ». Un rapport de la Cour des Comptes, publié en 2009 (« L’articulation entre les dispositifs de la politique de la ville et de l’éducation nationale dans les quartiers sensibles », septembre 2009), relatif à la politique urbaine, indiquait que sur un total de 254 collèges « Ambition réussite », les plus populaires, 186 avaient perdu des élèves. Les parents d’origine aisée et moyenne avaient profité de l’assouplissement de la carte scolaire pour retirer leurs enfants de ces établissements. Le résultat de la plus grande liberté accordée aux familles avait donc débouché sur la prolétarisation des collèges les plus populaires. Enfin, l’enquête de 2010 du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) (« Une enquête de ressenti sur l’assouplissement scolaire », mars 2010), menée auprès de 2 758 chefs d’établissement, a confirmé ces deux premiers rapports : 40% des établissements classés Réseaux ambition réussite sont moins fréquentés ; 10% d’entre eux ont vu partir un quart des élèves, souvent les plus favorisés.

Conçue comme une mesure de justice sociale, la libéralisation de la carte scolaire a renforcé en pratique les inégalités. Certains collèges peinent à remplir leur quota d’inscription, quand d’autres sont submergés de demandes. Faute d’obtenir l’établissement de leur choix, de plus en plus de familles se tournent vers le privé. En trois ans, les demandes ont grimpé de 9,5%, selon l’enquête du Snpden. Une tendance qui révèle l’incapacité de l’école républicaine à assurer l’égalité des chances.

On peut donc se demander si nous n’assistons pas ici aux effets qu’engendrent les demi-mesures : bien qu’elle partait d’ intentions louables (assurer la mixité sociale et renforcer le libre choix de l’école), cette réforme n’offre pas de chance réelle aux élèves les moins aidés socialement. En effet, demander une dérogation exige volonté et connaissance de l’offre scolaire, ce qui  facilite la fuite de ceux qui n’avaient pas le moyen de rejoindre le privé mais dont les parents sont conscients de l’importance de école mais qui ne change rien à la condition scolaire des autres enfants qui demeurent bloqués dans des établissements moins bons. Cette demi-mesure ne fera donc qu’accroître la ghettoïsation de la population de l’école publique des zones difficiles.

En revanche, si l’on supprimait définitivement la carte scolaire en rendant aux parents la totale liberté de choisir l’ école de leur enfant (dans la mesure des places disponibles et du respect des critères d’admission par leurs enfants), tout en valorisant le choix et en l’accompagnant avec des services d’orientation indépendants, on pourrait permettre à plus d’enfants de s’en sortir.

Vos enfants sont scolarisés dans le sous-contrat, mais vous ne pouvez inscrire vos cadets dans le même établissement que les aînés? Ce scénario tend à se généraliser en France, où l’on assiste davantage à des fermetures de classe qu’à une expansion de l’enseignement privé sous-contrat.

Une solution peut alors être envisagée comme cela est déjà le cas à Béthune, à Calais, à Caen ou encore à Segonzac (Charente) où des établissements sous contrat avec l’État ont ouvert au sein de leurs locaux une classe… hors-contrat. Dans le département du Nord, ce sont ainsi cinq établissements privés catholiques qui ont reçu l’aval de la direction diocésaine afin de créer des classes hors contrat. Le but principal est d’accueillir des enfants de moins de trois ans qui ne sont plus comptabilisés dans les effectifs de l’Éducation nationale. C’est une première dans le département et qui apporte une réponse à des besoins qui n’étaient plus pris en compte par l’administration centrale. Les parents sont soulagés, les écoles peuvent scolariser toute une famille et  l’option s’avère moins onéreuse qu’un mode de garde classique.

Rien d’illégal à tout cela, puisque les contrats ne sont pas passés au niveau de l’établissement mais au niveau de la classe. Quand on parle d’ « établissement sous-contrat », il s’agit en réalité d’un abus de langage, puisqu’il faudrait en réalité dire « établissements dont les classes sont totalement ou pour partie sous contrat ». Le contrat étant passé entre le chef d’établissement et le rectorat, l’enseignement catholique n’intervient pas comme une véritable partie dans ce lien contractuel entre l’établissement et l’Etat dont dépendent à la fois les contraintes imposées aux classes sous contrat (contraintes de recrutement de professeur, de choix des programmes, de dépendance hiérarchique à l’égard des inspecteurs de l’Education nationale) et les avantages (les financements publics).

Outre les exemples de classes hors contrat au sein d’établissement majoritairement sous contrat, il est intéressant de noter aussi le cas d’écoles sous contrat qui passent hors contrat. Cette transformation permet de sauver l’école de la fermeture et d’assurer la continuité du service aux familles. C’est par exemple le cas de l’école de la Providence de Baure (Clermont, Landes) sous contrat depuis les années 1960, qui a perdu son contrat en 2005 par la maternelle et en 2008 pour le primaire suite à des effectifs jugés insuffisants par l’Education nationale mais qui s’est maintenue comme école hors contrat, en restant dans le giron de l’enseignement catholique.

Hors-contrat et sous-contrat ne sont donc pas des frères ennemis, bien au contraire. L’option hors-contrat permet d’éviter la séparation des fratries et le casse-tête pour les parents de trouver une nouvelle école pour les plus jeunes des enfants. Cette dynamique évite également pour les écoles concernées de fermer puisque cette offre correspond à une nouvelle rentrée d’argent et un regain de réputation auprès des parents sensibilisés à ce type d’enseignement. Enfin, le hors-contrat amène un peu plus de liberté et d’autonomie au sein de l’enseignement catholique, à l’heure où de plus en plus d’établissements sous-contrat recherchent des moyens de s’extraire de leurs contraintes bureaucratiques et de regagner des marges de manœuvre par rapport à l’Education nationale. Les deux têtes du système privé se trouvent complémentaires pour une organisation saine et efficace de l’enseignement.

La Commission européenne a rendu public le 30 mai dernier un rapport intitulé « The Challenge of shadow education ». Cette étude, réalisée par Mark Bray, professeur d’éducation comparée à l’université de Hong-Kong, analyse le phénomène des cours de soutien, un sujet peu étudié alors qu’il en dit long sur l’état du système éducatif français.

L’étude démontre que l’essor des cours de soutien privés est un phénomène qui touche l’Europe entière. La France se distingue par un recours particulièrement élevé à ces cours alternatifs : dans notre pays, ce secteur était estimé en 2007 à 2,210 milliards d’euros et connaîtrait une croissance d’environ 10 % chaque année. Moins le système scolaire national donne satisfaction et plus le recours au soutien scolaire est élevé, comme en Europe du Sud.

Information-clef du rapport : ce ne sont pas majoritairement les plus mauvais élèves qui recourent aux cours de soutien mais ceux qui recherchent une excellence en dépit de la baisse générale de niveau. Les cours tendent donc davantage à accroître l’hétérogénéité de niveau qu’à la réduire. Les parents cherchent à augmenter les chances de réussite de leurs enfants dans un contexte marqué par « la course à la mention » au baccalauréat et par la forte compétition pour les filières d’élites du supérieur. Il s’agit ici de permettre à ses enfants de se démarquer afin qu’ils puissent obtenir les meilleures places, ce qu’on peut percevoir comme un réel désaveu de l’enseignement public de masse. Le mythe de l’école qui donne à chacun le bagage suffisant pour réussir dans la vie est sérieusement écorné par l’insolente prospérité des cours de soutien.

La progression fulgurante du recours au soutien scolaire s’explique davantage par l’angoisse et l’implication des parents que par son efficacité : l’étude montre que l’efficacité académique des cours de soutien n’est pas établie. Ces cours correspondent le plus souvent à un bachotage chronophage et épuisant administré à des élèves déjà épuisés

Les chiffres

Un marché de 2,2 milliards d’euros en 2007

25 % des Français en collège et 33% en lycée recourent au cours de soutiens privés (et jusqu’à 75% dans les établissements les plus prestigieux)

Commentaires

La situation française est paradoxale. Le système scolaire public est censé instaurer un accès égal et gratuit à l’éducation, ce qui est un élément fondamental du « pacte républicain ». Or la généralisation du recours au soutien scolaire montre que cette égalité est un mythe : l’école « gratuite » est devenue payante car pour réussir, il faut payer des cours privés.

Le gouvernement ne s’est pas inquiété de ce phénomène qui aurait pu l’amener à se remettre en cause. Bien au contraire, il a mis en place une politique d’incitation fiscale par une réduction d’impôt de 50% pour les foyers imposables et un crédit d’impôt de 50% pour les non imposables, conformément à l’article 199 sexdecies du Code général des impôts.

On peut se demander si la politique fiscale du gouvernement n’aurait pas pu être orientée différemment en ces temps de pénurie budgétaire.  Ne serait-il pas plus rationnel d’un point de vue économique d’aider financièrement les familles à accéder aux écoles qu’elles jugent les plus performantes, fussent-elles privées (horresco referens), dès lors qu’elles sont à but non lucratif et qu’elles respectent les lois? N’est-ce pas plus logique que de pousser, par la gratuité, à scolariser les enfants dans un système public à bout de force tout en incitant, par une politique de dépense fiscale, à investir dans une « école parallèle » pour refaire le soir ce qui aurait dû être fait en journée ?

En quoi le financement de l’accès à l’école privée pour toutes les familles qui le souhaitent (par un crédit d’impôt par exemple) serait-il moins légitime et acceptable que le soutien apporté par l’État à une offre privée parascolaire à but lucratif et cotée en bourse, dont profitent majoritairement les foyers les plus aisés ?

Les syndicats, généralement prompts à s’émouvoir des risques de marchandisation de l’école, sont particulièrement discrets sur ce « cadeau fait aux plus riches ». Il faut dire qu’ils n’ont rien à gagner à attaquer un système qui permet à de nombreux professeurs du public d’arrondir leurs fins de mois. ”The tutoring industry is an expanding source of employment as well as a way for many mainstream teachers to earn supplementary incomes. This appears to be one reason why bothgovernments and trade unions tend to avoid the subject”, note ainsi  Jan Truszczyński, le Directeur general pour l’éducation et la culture à la Commission européenne (mai 2011)?

On se souvient du tollé qu’avait provoqué l’intervention de Ségolène Royal à ce sujet en 2006 lorsque cette dernière avait évoqué « les enseignants du secteur public qui [ont] le temps d’aller faire du soutien individualisé payant et qui n’[ont] pas le temps de faire du soutien individualisé gratuit dans les établissements scolaires ».

Chez Acadomia, le leader du cours privé qui gère 85 agences à travers la France, 75% des 25 000 enseignants travaillent dans l’enseignement, suivent des études dans des IUFM pour devenir professeurs, ou sont des enseignants en retraite (Le Figaro).

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Sources :

The Challenge of shadow education, rapport rédigé par Mark Bray pour la Commission européenne (mai 2011)

Rapport du CERC publié en 2008 sur les services à la personne