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On nous rebat les oreilles avec« l’école de la République ». Il est temps de passer au crible de la critique cette malheureuse expression. Eh quoi ! Les écoles publiques sont-elles les seules à appartenir à notre République française, les écoles privées en étant exclues ? Professeurs, élèves et parents de l’école libre ne seraient-ils pas des citoyens à part entière ? Serait-elle subitement abolie, la décision du Conseil constitutionnel de 1977 faisant de la liberté d’enseignement « l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, réaffirmés par le Préambule de la Constitution de 1946 et auxquels la Constitution de1958 aconféré valeur constitutionnelle » ?

Non, tout cela ne tient pas. Nous pouvons légitimement nous enorgueillir de ce que la République française offre à ses citoyens un libre choix (plus théorique que financier, hélas) entre des écoles publiques et des écoles réellement libres.

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Luc ChatelLuc Chatel vient de sortir un nouveau lapin de son chapeau d’illusionniste : les chefs d’établissement, à l’instar des recteurs, pourront bénéficier d’une prime au mérite en fonction des performances de leur établissement et de l’application des orientations politiques.

Récompenser les meilleurs ? L’idée semble saine. Pourtant, cette réforme procède davantage d’un réflexe centralisateur à la française que d’une véritable « culture du résultat ». Quel humoriste représentera la foule des chefs d’établissement attendant anxieusement dans la cour du ministère que Luc Chatel distribue aux heureux élus leurs bons points libellés en euros ? La réforme envisagée vise une fois de plus à faire descendre vers un corps d’exécutants dociles des avantages établis au sommet de l’administration à partir d’indicateurs statistiques. La tendance à la mise sous tutelle informatique des éducateurs n’en sera que renforcée.

Ce n’est pas cette prime « à la servilité ou au conformisme » qu’on nous destine qui redressera l’école. Comme le rappelle Philippe Meyer et bien d’autres (voir ci-contre), la recette de la performance éducative est désormais bien connue de tous : c’est l’autonomie des établissements scolaires. Cela consiste à rendre à ceux qui sont en contact direct avec les enfants dans les écoles et avec leurs parents la latitude de liberté et de responsabilité qui, en France, leur est constamment dérobée. Être en situation de responsabilité réelle est une motivation bien plus puissante que compter sur des gratifications octroyées par une hiérarchie bureaucratique.

 C’est bien au directeur d’école que revient la tâche d’être l’instigateur et le garant d’une « charte scolaire » à laquelle parents, élèves et professeurs doivent adhérer pleinement. C’est bien le directeur, assisté du conseil d’école, qui recrute son équipe éducative, établit le règlement intérieur, fixe les priorités budgétaires et représente à tout moment, à l’intérieur comme à l’extérieur, l’autorité responsable. L’avantage ultime de ce type d’organisation est de générer un véritable « esprit d’école » apprécié, défendu et entretenu par tous les acteurs et les utilisateurs de l’établissement. Et c’est dans ce type de « performance » que le directeur puise d’abord le sentiment de sa réussite qui mérite effectivement d’être rétribuée à sa juste valeur.

Pierre Barthe, professeur agrégé, ancien professeur de français langue étrangère aux États-Unis, attaché de coopération éducative à l’Ambassade de France en Russie et en Lettonie

Article paru dans Les Chroniques de la Fondation, n°5, février 2010.

Sur 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, 100 000 sont des garçons.

La Fondation pour l’école demande aux établissements scolaires qu’elle aide de « justifier d’une véritable réflexion sur la question de la mixité, en privilégiant un enseignement non mixte au niveau du collège » (point 6 de la Charte des écoles de la Fondation). De plus en plus nombreuses sont les études qui montrent que notre exigence est probablement visionnaire car « l’échec scolaire a aujourd’hui un sexe, c’est le sexe masculin ».

« Le modèle scolaire actuel est, par ses caractéristiques, plus adapté aux filles. L’école est sans aucun doute un des seuls lieux où le genre masculin est une particularité disqualifiante » écrit Jean-Louis Auduc, dans son livre « Sauvons les garçons ! ». C’est vrai dès l’école primaire qui valorise les qualités d’ordre, de soin, d’application, de calme, qualités traditionnellement plus féminines que masculines. Résultat ? Les filles lisent plus vite et mieux durant leur scolarité, redoublent beaucoup moins que les garçons, échouent moins dans l’obtention de qualifications, ont plus de mentions à tous les examens et diplômes, du second degré comme du supérieur.

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« L’éducation n’est pas une dépense, c’est un investissement ! » Tel est le slogan que 90 000 enseignants, étudiants et parents d’élèves espagnols ont scandé mardi 20 septembre, lors d’une manifestation pour la défense de l’école publique dans les rues de Madrid.

Ce slogan contient une vérité qui dépasse les intentions de ses auteurs, qui cherchaient essentiellement à s’opposer à la politique de rigueur budgétaire du gouvernement espagnol : l’éducation n’est  certainement pas une dépense comme les autres. Ce n’est pas un bien de consommation pour lequel on consentirait une dépense plus ou moins élevée.

Quand vous achetez une voiture, vous cherchez votre propre bien-être. Tout au plus faites-vous peut-être attention à ce que votre véhicule ne soit pas trop polluant, pas trop bruyant. Vous essayez d’éviter ce qu’on appelle en économie les « externalités négatives ». Mais fondamentalement, votre achat vise à vous satisfaire vous-même. En matière d’éducation, il en va tout autrement. A chaque fois que vous investissez du temps ou de l’argent pour l’éducation de votre enfant, vous travaillez au bien commun. En cherchant le bien de votre enfant et par ricochet le vôtre, vous causez le bien de la société. Tout enfant bien formé, bien instruit, bien éduqué est une chance pour la communauté nationale. Il est source de richesses à venir, source de plus-values futures, source de valeur.

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Le gouvernement se félicite souvent de l’augmentation du nombre d’enfants handicapés scolarisés. Néanmoins, dès lors que les familles choisissent une école indépendante (hors contrat), ces enfants ne peuvent pas compter sur l’aide d’un assistant de vie scolaire (AVS). Il y a là un problème technique qui peut se régler aisément.

Les enfants handicapés scolarisés dans les écoles indépendantes (hors contrat) n’ont en effet pas droit aux AVS (assistants de vie scolaire) financés par l’État, pourtant nécessaires à leur scolarisation effective. Mettre fin à cette discrimination, dans le cadre du projet de loi de finance 2012, est une mesure simple dont le coût budgétaire est marginal.

Le problème : pas d’AVS pour les enfants handicapés s’ils sont scolarisés dans les écoles indépendantes

Particulièrement nombreuses sont les familles d’enfant handicapé souhaitant scolariser leur fils ou leur fille dans une école indépendante (hors contrat). Les raisons en sont multiples : les petits effectifs de ces écoles sont un premier élément d’explication car les petites classes et l’ambiance familiale facilitent une intégration réussie de l’enfant comme de la famille. Il y a aussi le cas fréquent des parents qui inscrivent leurs enfants dans des écoles indépendantes parce que les écoles publiques ou associées à l’Etat se sont contentées d’inscrire administrativement l’enfant sans l’admettre effectivement dans les classes. En pratique, l’enfant n’a pas été accueilli (suite au refus du professeur concerné et/ou à l’absence d’assistant de vie scolaire ou à des locaux ne permettant pas d’accueillir des handicapés moteurs).

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Une public school écossaisePourquoi les écoles indépendantes représentent-elles en Écosse la référence éducative incontestée ?  Pourquoi sont-elles si chères ? Qu’y recherchent les parents aujourd’hui ? Autant de questions qu’Anne Coffinier, DG de la Fondation pour l’école, est allée poser à son homologue écossais, Mr John Edward, chairman du SCIS (Scottish Council of Independent Schools). 

Quelle est l’origine des écoles indépendantes écossaises ?

Il y a en Écosse une très grande variété d’écoles indépendantes (appelées Public schools). Chacune a sa propre histoire. Citons The High School of Dundee qui a ouvert ses portes en 1239, ou Hamilton College créé il y a 28 ans. Les écoles les plus anciennes ont été fondées par l’Église. Aux XVII et XVIIIe siècles, plusieurs négociants écossais ont ouvert des collèges caritatifs comme George Heriot’s school à Edimbourg. Le XIXe siècle a vu la création d’une grande partie des écoles indépendantes en Écosse, quand la révolution industrielle a permis l’émergence d’une classe moyenne qui a voulu donner à ses enfants une éducation classique et formelle. La dernière vague de création remonte aux années 1970. À cela d’ajoutent 20 écoles spécialisées pour les enfants handicapés ou à besoins spécifiques.

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Pouvoir congédier les professeurs incompétents : un souhait prononcé par 87 % des Québécois – et par 94 % des 25-34 ans, qui ont sans doute les souvenirs les plus frais de cours chahutés ou de copies égarées… Quelle unanimité ! C’est ce qui ressort d’un sondage récent réalisé au Québec à la demande de l’IEDM, l’Institut économique de Montréal. Mais cela risque de rester un vœu pieux, dans un pays où les directeurs d’école, dans le primaire comme dans le secondaire, n’ont pas la liberté de choisir leurs équipes.

Les Québécois sont aussi 67 % à penser que la rémunération des enseignants devrait tenir compte de leurs performances, alors qu’elle ne tient compte, aujourd’hui, que de leur ancienneté et de leur diplôme. « Les Québécois réalisent que les enseignants ne sont pas différents des autres professions dans l’économie québécoise. Ils se demandent pourquoi on ne récompenserait pas les meilleurs, analyse M. Germain Belzize, directeur de recherche à l’IEDM, « on pourrait ainsi recruter des bons enseignants qui ne sont pas attirés présentement par la profession en raison de la faiblesse des salaires. »

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De plus en plus de parents et d’enseignants quittent l’Éducation nationale et ses écoles, publiques ou sous contrat, pour créer des établissements indépendants. Leur objectif : retrouver la liberté. Un dossier du Spectacle du Monde ( septembre 2011).

« Françoise Candelier était institutrice depuis 1978. Lorsque, après plusieurs congés maternité et temps partiels, elle a retrouvé son poste à plein-temps, en 1996, elle a commencé à s’inquiéter à voix haute de l’état des élèves. « Le plus flagrant, se souvient-elle, c’était le résultat des méthodes de lecture et le nombre d’enfants qu’on était obligé d’envoyer chez les orthophonistes. » Entreprenante, elle a alors monté un projet avec des collègues, intitulé « Savoir lire, écrire, compter ». L’inspection de l’Education nationale lui a donné son feu vert.

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Six élèves ont fait leur rentrée à l’école hors-contrat – Lion-sur-Mer (Ouest-France, mardi 13 septembre 2011)

« L’école hors-contrat dirigée par Élisabeth Paulot a fait sa rentrée hier matin, dans les locaux du 3, de la rue du Champ-Fleury. Dans la classe, cinq élèves, « il y en avait un 6e ce matin mais il est reparti chez lui. Les programmes sont les mêmes que dans le public. Mais c’est une école fidèle au magistère de l’église catholique. Je suis catholique pratiquante », rappelle l’unique enseignante qui comptait plutôt sur une quinzaine d’enfants pour sa première rentrée.

« Tous les niveaux sont mélangés. Les élèves, qui ont de 5 à 11 ans, vont du CP au CM2 «Ils sont quatre CP et deux CM2. J’adopte des méthodes rigoureuses et j’enseigne la méthode syllabique pour apprendre à lire. » C’est ce qui a séduit Solène, la maman d’Eulalie qui est en CP. « J’ai six enfants et deux ont des difficultés scolaires. Je voulais que ma fille apprenne la lecture avec cette méthode. La méthode de lecture mixte ne convient pas à tous les enfants. »

« Quand l’institutrice pose la question aux élèves pour savoir ce qu’ils ont fait depuis le matin, Capucine raconte « On a joué, on a travaillé sur l’alphabet. On a aussi fait du dessin et on est allé sur la plage. On a aussi vu jusqu’à combien on savait compter ». Les plus grands, eux, ont fait du calcul sur les ardoises « Des soustractions et des additions», précise Mathis.

« Pour scolariser ses enfants, il en coûte 190 € par mois et par enfant et 300 € pour deux enfants de la même famille. « Nous pouvons aussi recevoir des dons par le biais de la Fondation pour l’école sans contrat. Nous n’avons bien sûr aucune subvention. Dès que cela sera possible, nous voudrions aussi intégrer deux à trois enfants de milieux défavorisés qui ne pourront pas payer l’école. »

« Quant à l’Éducation nationale, « elle passe une fois par an pour inspecter les écoles hors-contrat. Mais pour le moment je n’ai pas été contactée ».

Le baptême de ClovisLe Code de l’éducation est clair : Les directeurs d’écoles privées qui ne sont pas liées à l’État par contrat sont entièrement libres du choix des méthodes, des programmes et des livres. Seule obligation : les enfants doivent maîtriser l’ensemble des exigences du socle commun à l’issue de la période de l’instruction obligatoire (article D 131-12).
Cependant, pour des raisons pratiques, les écoles indépendantes sont bien obligées de tenir compte des programmes : les élèves doivent pouvoir passer du système hors contrat au système ordinaire, si nécessaire, et réussir les examens de référence (brevet, baccalauréat). Comment construire une progression cohérente lorsque les programmes publics « de référence » sont si décousus, impressionnistes et toujours en mal d’approches thématiques, transversales et globales. Ces partis pris, application maladroite de l’Ecole des Annales fondée par Marc Bloch dans les années 1920, sont totalement inadaptés pour des esprits qui ne sont pas encore structurés ni cultivés. Au diable la chronologie et la construction au fil des siècles de notre beau pays de France ! L’élève, appelé à être citoyen du monde, est prié de s’intéresser autant à l’empire des Monomotapa qu’à François Ier et Napoléon. Pas de discrimination ! Les élèves de 5e devront ainsi consacrer 20 % de leur temps aux premiers temps de l’Islam et aux empires africains tandis que les professeurs devront expédier toute l’histoire de France du XIe au XVIIe (excusez du peu !) dans le temps restant. Conséquence : Clovis, ce père fondateur, est bouté hors des programmes et Louis XIV, placé en fin de programme, risque de passer à la trappe.

La géographie parachèvera le déracinement des enfants appelés à se sentir citoyens du monde avant d’être Français : les collégiens de 5e devront consacrer un quart de leur année au « développement durable », dans une présentation assez malthusienne des perspectives de la planète. Quoi d’étonnant alors que le socle commun appelle les collégiens à « être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète ».

Philippe Mansourati, professeur d’histoire à l’ILFM

Programmes officiels : http://www.education.gouv.fr/cid22116/mene0817481a.html

Pour une approche critique, en histoire

Pour une approche critique, en géographie :

  • Sylvie Brunel, Jean Robert Pitte, Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, JC Lattès, 2010, 352 p.

Article paru dans Les Chroniques de la Fondation, n° 4, octobre 2010.