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Actualités

Chantal Delsol, professeur des universités en philosophie et membre de l’Institut, a publié récemment La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (Plon, coll. « Tribune libre »). Loin de s’en tenir à des critiques de surface, son enquête plonge aux racines mêmes des blocages idéologiques en matière d’éducation. Nous lui avons demandé de nous préciser en quoi la défense de la liberté scolaire était la voie la plus sûre vers plus de solidarité, une notion plus riche que celle d’égalité.

Le blog de la Liberté scolaire : Quand il s’agit de choisir une école pour « petit Pierre », ceux qui savent contourner la loi entretiennent un véritable « marché noir » de l’information. Voilà bien la première manifestation d’inégalités qui profitent aux initiés et limitent l’émergence de nouveaux talents dans les classes moyennes ou défavorisées. Comment peut-on y remédier ?

Mme Chantal Delsol : Il est très difficile de remédier à ce genre d’inégalité. Le rêve républicain français consistait justement à faire en sorte que toutes les écoles soient semblables afin que personne ne soit laissé en chemin. Il s’agit d’une utopie. L’inégalité d’information ne peut être réduite que lorsque les élites locales font bien leur travail, c’est à dire apportent l’information aux autres. Un maire par exemple prête ses informations et ses relations à ses administrés.

Une des premières idées fausses que vous réfutez est celle d’une école « ouverte », où les élèves seraient les égaux de leur maître. Comment une école qui a pour vocation première de transmettre pourrait-elle le faire sans une hiérarchie entre le maître et les élèves ?

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Une tribune libre de Jean-Noël Dumont,  philosophe, directeur du Collège supérieur de Lyon.

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »… La célèbre formule est évidemment une déclaration de principe, non une observation. Des conditions de l’accouchement à celles de l’éducation, tout contredit dans les faits le principe de l’égalité et lui fait violence. Comment corriger les différences économiques, sociales, culturelles ou politiques qui pèsent telle une fatalité sur des hommes qui naissent égaux et « partout sont sous les fers » ? Faire échec au destin, chercher une égalité réelle sans se contenter d’une déclaration de principe, c’est sans doute une des missions de l’école. Mais on sait que la volonté d’égaliser les conditions pour forger l’égalité a dans l’histoire lancé le rouleau compresseur du totalitarisme. Il faudrait en effet, pour corriger les inégalités, supprimer les familles, les régions, les traditions, établir enfin l’égalité par l’uniformité des conditions. Faut-il donc se résigner à ce que l’égalité contredise la liberté ?

L’école n’a pas échappé à cette question

Un même programme est diffusé en France par des professeurs censés être de même compétence et enseigner avec les mêmes méthodes dans des établissements identiques en chaque recoin du territoire. En dépit des réécritures de l’école républicaine, cette uniformité ne fut pas imposée pour assurer l’égalité des chances mais pour construire l’unité nationale et faire des soldats. Telle était la mission des « hussards noirs » que rencontra Péguy.

Encore faut-il dissuader les familles de faire travailler leurs enfants à la maison, d’où l’interdiction des devoirs à la maison dès 1956. Il faut aussi leur interdire de choisir l’établissement où iront leurs enfants. On ajouta ainsi la « carte scolaire ». Seules des réécritures délirantes peuvent voir un facteur d’égalité dans cette mesure qui enclôt chacun en son quartier. La « carte scolaire » fut d’ailleurs dressée pour des raisons de commodité de planification, pour accueillir les enfants du baby boom, non pour l’égalité des chances. Le « collège unique », lui, fut sans doute créé dans un souci d’égalité des chances. Avec le succès que l’on connaît, il assura au moins l’échec ouvert à tous.

Ainsi tournent les rouages d’une immense machine qui broie les libertés avec la meilleure volonté du monde et invoque a posteriori l’égalité des chances. On finit par confondre l’égalité des chances avec l’uniformité des conditions et suspecter toute liberté. L’école n’offre plus alors qu’une voie unique d’accès symbolisée par le baccalauréat ; un formidable embouteillage en résulte où tous se trouvent immobilisés sauf les petits malins qui connaissent les chemins de traverse. En confondant l’égalité des chances et l’uniformité des conditions, l’école devient ce couloir de l’échec où l’on ne trouve au final ni liberté ni égalité, chacun étant laissé à son destin. Les puissants cheminent à l’abri des discours sur l’égalité des chances.

On peut sortir de la contradiction

Il faut pour cela bien entendre ce que signifie égalité des chances, égale ouverture des possibles plutôt qu’encadrement des conditions. Il faut d’abord que chaque enfant, chaque famille, puisse espérer sortir de son destin par la réussite scolaire. Quel enfant place aujourd’hui sa confiance dans l’excellence pour sortir de son ornière ? On en est très loin dans ces établissements ghettoïsés ou s’évertuent  généreusement des enseignants découragés. Il n’y a pas de justice sans qualité.

Les voies offertes à l’enfant doivent être multiples. Il n’y a pas qu’une seule voie de réussite, il n’y a pas qu’une seule forme d’esprit. Il faut pour cela laisser faire l’inspiration des créateurs d’école, des pédagogues, des familles. Il n’y a pas de justice sans diversité.

Quand enfin s’ouvre un éventail varié, il faut qu’il y ait égalité devant le choix de l’école pour qu’il y ait une vraie égalité des chances. Que les familles puissent en effet se trouver dans des conditions semblables au moment de choisir l’établissement ou le type d’études de leur enfant. L’égalité devant le choix de l’école, c’est à la fois la largeur de l’information et l’aide financière aux familles quelle que soit l’école qu’elles choisissent. L’État a pour devoir de veiller à ce que tous aient accès au savoir, rendant le choix aux familles les plus modestes qui sont les plus désireuses de réussite. Les subventions publiques, en direction des écoles ou des familles, doivent rendre réelle cette liberté de choix.

Bref, c’est l’égalité devant le choix libre de l’école qui constitue la réalisation la plus effective de l’égalité des chances.

Jean-Noël Dumont,  philosophe, directeur du Collège supérieur de Lyon.

Madame Françoise Candelier a enseigné pendant trente ans dans le public. Elle a fait partie des réformateurs de l’école publique (programme SLECC, « Savoir Lire, Écrire, Compter, Calculer »). Puis elle a fondé sa propre école, l’école du Blanc-Mesnil, à Wasquehal (Nord), une école indépendante en plein essor. Elle continue à agir pour former la nouvelle génération de professeurs aussi bien à l’ILFM qu’au sein de l’association Trans-maître .

Elle présente ici les progressions qu’elle a élaborées pour enseigner la lecture.

 


Ecole-Blanc-Mesnil-Wasquehal-Francoise-Candelie… par liberte-scolaire

Madame Françoise Candelier a enseigné pendant trente ans dans le public. Elle a fait partie des réformateurs de l’école publique (programme SLECC, « Savoir Lire, Écrire, Compter, Calculer » ). Puis elle a fondé sa propre école, l’école du Blanc-Mesnil, à Wasquehal (Nord), une école indépendante en plein essor. Elle continue à agir pour former la nouvelle génération de professeurs aussi bien à l’ILFM  qu’au sein de l’association Trans-maître.

Elle présente ici les progressions qu’elle a élaborées pour enseigner l’écriture.

 

Ecole-Blanc-Mesnil-Wasquehal-Francoise-Candelie… par liberte-scolaire

Madame Françoise Candelier a enseigné pendant trente ans dans le public. Elle a fait partie des réformateurs de l’école publique (programme SLECC, « Savoir Lire, Écrire, Compter, Calculer »). Puis, en 2009, elle a fondé sa propre école, l’école du Blanc-Mesnil, à Wasquehal (Nord), avec une trentaine d’enfants, ceux que vous entendrez chanter dans ce petit film. Elle a reçu un soutien enthousiaste de la mairie.

Pour elle, « il faut enseigner de façon rigoureuse et progressive. Ne pas hésiter à définir des programmes consistants et à faire faire beaucoup d’exercices d’application aux élèves. Ils doivent écrire beaucou, apprendre par coeur… Il faut leur transmettre le patrimoine! Et toujours, humblement, chercher… car chaque enfant est unique ».

Aujourd’hui, cette école indépendante est en plein essor.

 

BLANC_MESNIL par liberte-scolaire

 Un article paru dans « Valeurs actuelles » du jeudi 27 octobre 2011.

« Ancienne élève de l’Ena et de l’École normale supérieure, Anne Coffinier est directrice générale de la Fondation pour l’école, dont la vocation est d’aider à la constitution d’écoles indépendantes.

« Il ne sert à rien d’avoir un bon ministre car le ministère ne lui obéit plus. Tout le problème est là. Pour être crédible, le plan de sauvetage de l’école doit prendre en compte ce fait ; car la difficulté ne réside pas dans l’identification des solutions à la crise de l’institution scolaire – je m’accorde sans problème avec un Brighelli ou une Polony sur la nécessité de fixer des programmes exigeants faisant la part belle aux humanités classiques, de supprimer le collège unique, etc. – mais dans l’incapacité à faire entrer en vigueur quelque réforme scolaire que ce soit. Bien sûr, moi aussi, je regrette le temps où riches et pauvres, croyants et incroyants pouvaient s’asseoir sur le même banc d’école, car tous respectaient le savoir et reconnaissaient la légitimité du maître. Cette école élevait le niveau général des Français tout en dégageant une élite parla méritocratie. Mais l’école d’aujourd’hui n’a plus rien en commun avec l’école publique de nos souvenirs. Si cette nostalgie peut être une source d’inspiration poétique, elle ne constitue en rien une solution politique crédible au problème de l’école aujourd’hui.

« Le plan de sauvetage de l’école doit se fonder sur la réalité : le cadre bureaucratique et idéologisé de l’Éducation nationale est devenu un fardeau pour les professeurs alors que l’infrastructure administrative devrait plutôt être légère et mise au service des enseignants, pour le bien des élèves.

« Refondons notre système scolaire sur des établissements à taille humaine et autonomes dans leur gestion : les professeurs choisiront librement leur établissement et leurs méthodes mais seront tenus comptables des résultats de leurs élèves. Donnons à chaque enfant les moyens d’accéder à l’école de son choix grâce à la création d’un pass éducation : une somme allouée par l’État à toute famille qui le désire pour scolariser ses enfants dans une école privée indépendante, si c’est son choix. Ce sera source de qualité, d’économie – car l’école privée est bien moins coûteuse car mieux gérée – et de justice – car ce sont les plus démunis que l’on sacrifie aujourd’hui. Soyons attentifs à ce qui se fait outre-Manche où le gouvernement a misé sur les free schools pour augmenter le niveau et la justice de son système éducatif : ce sont des écoles libres de leur pédagogie, fondées à l’initiative de la société civile, et financées par l’État dès lors que leur projet a été agréé. Les écoles indépendantes à la française, communautés éducatives ouvertes se développant dans un cadre transparent et régulé par l’État, constituent notre meilleur atout contre le délitement de la communauté nationale et la montée du communautarisme actuels. »

Anne Coffinier, le jeudi 27/10/2011

À lire également sur valeursactuelles.com :
Education nationale : Comment sauver l’école, par Fabrice Madouas
Décentraliser et libéraliser l’école, par Chantal Delsol
Sortir l’enfant de l’école de la rue, par Florent Montillot
Marc Le Bris, directeur d’école primaire à Médréac : « Nécessaire liberté pédagogique« ,
Natacha Polony, essayiste et journaliste au Figaro : « Une affaire de méthodes« ,
Frédéric Guillaud, agrégé de philosophie, normalien et essayiste : « Tout se joue au primaire »

À lire également dans « Valeurs actuelles » et sur le site valeurs2012 : Les contributions de nos lecteurs »

Françoise Candelier dirige l’école du Blanc-Mesnil, à Wasquehal (Nord), une école indépendante qu’elle a créée en 2009. Son cours préparatoire fait partie des 980 classes tirées au sort pour passer une batterie de tests d’évaluation sous la houlette du ministère de l’Éducation nationale. Ancienne institutrice de l’Éducation nationale, Françoise Candelier nous livre une analyse très documentée de ces tests. Elle nous explique pourquoi ces tests sont absurdes d’un point de vue pédagogique, et en quoi les questions posées aux familles et aux maîtres ne respectent ni les libertés individuelles ni la dignité des enseignants. Pour sa part, soutenue par les familles, elle a refusé de faire passer ces tests à ses élèves.

Que contient la « pochette surprise » envoyée par le ministère ?

Le 5 septembre, un courrier de la DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance du ministère de l’Éducation nationale) m’informe que je vais recevoir des fascicules pour faire passer des tests à mes élèves de CP dans le but d’alimenter des statistiques sur l’état du système scolaire.

Le 15 septembre, je reçois un carton contenant ces livrets, des lettres à distribuer aux familles, des questionnaires à remplir, etc. 980 écoles publiques ou privées de France sont concernées. Le tout doit permettre de faire passer, du 27 septembre au 7 octobre, une évaluation officielle à un panel dit « représentatif » de 15 600 élèves de CP. Ces élèves seront suivis durant toute leur scolarité de primaire. Cette évaluation ayant lieu en tout début de CP elle porte, en fait, sur les acquis de l’école maternelle.

Dans ce courrier, on m’avertit que cette évaluation est obligatoire. Elle entre dans le cadre de la loi de 1951 relative aux enquêtes statistiques. Après lecture de ces tests, je décide de montrer aux familles de l’école quelles épreuves devront subir les enfants. Voici quelques exemples de tests et des réflexions personnelles. Ce qui est extrait du livret du maître est en italique.

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Que penser d’un professeur de CP qui refuserait de voir vérifier que ses élèves savent effectivement lire en juin ? Ce maître jouit de la liberté d’enseigner pour autant qu’il accepte d’être tenu pour responsable, devant la société, des résultats de ses élèves. Néanmoins, concevoir et mener des évaluations justes et utiles n’est pas chose aisée.

Se pose en effet la question des critères et des processus à mettre en place. L’un des premiers indicateurs de la qualité de l’enseignement doit être le degré de satisfaction des familles. Autre critère fort efficace : les résultats aux examens et concours – lorsqu’ils ne sont pas dénaturés comme le sont le brevet et le baccalauréat aujourd’hui. Il est aussi intéressant de chercher des indicateurs de long terme car l’instruction doit être durable. « Vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève », écrivait Albert Camus, lauréat du Nobel, à son vieux maître. Quelle meilleure preuve de la qualité de l’enseignement reçu dans une modeste école communale ?

Aujourd’hui, la France ne dispose d’aucune évaluation systématique du niveau des élèves par classe ou même par établissement. Les évaluations, lorsqu’elles existent, portent sur des échantillons ; elles reposent sur des exercices et questionnaires imprégnés d’un pédagogisme obsolète ; enfin, elles ne renseignent pas sur les établissements scolaires, qui sont pourtant à la base de tout système éducatif, ce dont s’étonne régulièrement l’OCDE. Ces évaluations ne s’adressent manifestement pas aux premiers intéressés : élèves, professeurs et parents. De surcroît, la France souffre du fait que le ministère de l’Éducation a le monopole de l’établissement et de la diffusion des statistiques et des indicateurs en matière d’école.

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Pour être bon professeur, il faut maîtriser les savoirs à transmettre mais aussi avoir « une bonne pédagogie ». Si les connaissances s’acquièrent naturellement dans le cadre de cours ex cathedra et de lectures personnelles, nul ne doute que la pédagogie, elle, ne peut s’apprendre que sur le terrain, dans la classe. Bref, la pratique pédagogique s’apprend en pratiquant ! Rien de nouveau sous le soleil. L’ILFM – l’Institut libre de formation des maîtres créé par la Fondation pour l’école en 2007 – accorde peu de confiance aux pédagogues en chambre et autres experts es sciences de l’éducation et préfère donc confier ses élèves à des maîtres chevronnés et plébiscités par des générations de parents. 

Parce que la formation des maîtres, dans les IUFM comme dans les CFP, étaient aux mains de pédagogistes qui déstabilisaient les futurs maîtres d’école au lieu de les préparer à leurs responsabilités (cf. le Journal d’une institutrice clandestine de Rachel Boutonnet publié en 2003 chez Ramsay), le gouvernement a supprimé les IUFM en 2010 et redéfini les modalités d’accession à cette profession pour l’école publique ou sous contrat. Résultat : jusqu’à présent, les futurs maîtres d’école ont été privés de toute formation pratique les préparant à la réalité de leur métier et de la vie en classe. Une grande angoisse s’est emparée de la plupart des jeunes professeurs. Nombre de cours privés d’accompagnement des professeurs ont vu le jour depuis lors, pour la plus grande fortune de ces nouveaux coachs.

A l’ILFM, nous pensons qu’enseigner est un artisanat, pas une science. Un artisanat humble et lent qui prend en compte la nature de l’enfant, comme le sculpteur tient compte des veines du bois, et qui se nourrit aux meilleures traditions. Des générations d’instituteurs des écoles catholiques comme de l’école publique ont mis au point des manières simples et efficaces d’exposer les connaissances aux enfants. Il faut déjà les connaître et les maîtriser avant de prétendre vouloir innover.

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Pour le Dr Eric Konofal, coordonateur adjoint du Centre de Référence National de la Narcolepsie et Hypersomnies Rares, Centre Pédiatrique des Pathologies du Sommeil, Hôpital Robert Debré, Paris, spécialisé dans les troubles de l’attention, les problèmes d’attention n’ont rien à voir avec l’intelligence. Et pourtant ils sont une entrave réelle aux apprentissages.

Que connaît-on aujourd’hui, d’un point de vue scientifique, du fonctionnement de l’attention et de la concentration ?

Les neurosciences ont permis des avancées considérables dans la connaissance des mécanismes qui régulent l’attention. Même si on ne peut pas dire que tout soit parfaitement connu, et encore moins maîtrisé, on commence à mieux cerner, entre autres, le rôle de certains neuromédiateurs, comme la dopamine et la mélatonine, et de sels minéraux, comme le fer principalement. On connaît les rythmes circadiens qui structurent notre journée, et on peut maintenant évaluer, par des analyses biochimiques ou par imagerie médicale, les dysfonctionnements qui empêchent certains enfants de se concentrer. Avec ces données, on peut essayer d’apporter des solutions adaptées à chaque cas.

Est-il exact que les enfants ont davantage de problèmes à se concentrer aujourd’hui et, si oui, pourquoi ?

Il est difficile de répondre à cette question. On prête surtout beaucoup plus attention à ces problèmes aujourd’hui qu’avant. Les enfants sont plus massivement scolarisés, et il faut avouer que ce sont surtout les exercices scolaires, pratiqués dans le cadre de l’école, qui est un cadre uniformisé et contraignant, qui révèlent ce type de trouble. Auparavant, le système scolaire évacuait plus facilement, et précocement, les enfants qui présentaient un trouble de l’attention, d’autant plus que ce genre de trouble s’associe assez fréquemment à une hyperactivité motrice, qui peut être une stratégie développée par l’enfant pour maintenir son éveil ou son attention. Toutefois on trouve dans la littérature médicale de nombreux ouvrages qui traitent de l’inattention ou de la distraction, et ce dès le début du XIXe siècle. Il est donc probable que les enfants n’aient pas foncièrement changé, mais que notre regard sur eux se soit modifié. L’évolution de nos attentes à leur égard, et celle, très importante, des méthodes éducatives et pédagogiques ont rendu les problèmes plus apparents, et peut-être plus lourds de conséquence.

Combien de cas sont-ils pathologiques (TDAH) et à quoi est-ce généralement dû ?

Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), qui associe inattention, impulsivité, et hyperactivité comportementale, touche de 2 à 5 % des enfants. Le diagnostic repose sur des critères cliniques définis dans le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM-IV TR), critères qu’il convient de poser sur un enfant âgé de plus de 6 ans. L’origine du trouble est physiologique, et non éducative ou comportementale comme on l’a longtemps cru. Elle est à chercher dans un dysfonctionnement dopaminergique (la dopamine est un neurotransmetteur jouant un rôle important dans le système nerveux central, c’est-à-dire au niveau cérébral), auquel s’adjoint une carence en fer. La découverte récente de l’importance du fer dans les problèmes d’attention a changé considérablement l’approche thérapeutique de ces troubles.

Peut-on traiter ces dysfonctionnements chroniques d’origine chimique autrement que par des médicaments ?

C’est assez difficile, étant donné que l’origine est physiologique. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est un médicament. La première chose à faire étant de traiter la carence martiale, il faut donner du fer. Est-ce alors un médicament ? Pour être fourni en quantité suffisante, le fer doit être apporté chimiquement, et c’est alors un médicament. Mais il est bon aussi de changer les habitudes alimentaires de l’enfant (et souvent de la famille), de manière à enrichir l’alimentation en fer. Notre alimentation a beaucoup évolué au cours des trente dernières années, et cela n’est pas sans conséquences. Beaucoup de sources de fer, parmi les meilleures, n’apparaissent plus au menu des enfants : viande rouge, boudin noir, foie, huîtres, moules, cœur de bœuf, haricots secs, mâche…

Ensuite, l’environnement peut être modifié : on peut supprimer les stimuli inutiles (images trop nombreuses dans les livres et manuels, télévision,…), et aider l’enfant à se concentrer en épurant son cadre de travail (ne pas le changer de place en classe, de manière à ce qu’il se familiarise avec ce qui l’entoure et puisse « l’oublier », veiller à ce que les effectifs de ses classes ne soient pas trop nombreux,…).

En quoi les neurosciences peuvent-elles aider l’éducateur ou le professeur à adopter des méthodes d’enseignement performantes ?  Quelles sont leurs limites ?

Elles peuvent aider à poser un diagnostic, et à différencier un enfant qui ne peut pas se concentrer, même s’il le souhaite, d’un petit plaisantin agité qui perturbe le cours volontairement. Des médecins, des orthophonistes et des psychologues spécialisés dans les troubles de l’attention développent aussi des activités qui peuvent rééduquer l’enfant, et lui apprendre à soutenir son attention. Ils donnent aussi souvent de bons conseils, sur les rythmes de travail, l’organisation fonctionnelle d’une classe (place des objets, décoration…), ou sur la conduite à tenir en face de ce type d’enfants, de manière à les aider à progresser et à apprendre. Les problèmes d’attention n’ont rien à voir avec l’intelligence, et pourtant ils sont une entrave réelle aux apprentissages.

Quelles seraient vos principales recommandations aux instituteurs pour apprendre à leurs élèves à développer une attention plus soutenue ?

Je ne suis pas sûr qu’on puisse « l’apprendre » aux élèves, du moins pas à ceux qui ont un vrai trouble. Mais pour faciliter la concentration, il existe de nombreuses méthodes, qui ont toutes leurs limites évidemment, mais qui peuvent être essayées par les enseignants. Quelques exemples, assez évidents : toujours bien décomposer les tâches à faire en petites unités, utiliser des métronomes ou de petites horloges pour bien circonscrire le « temps attentif » et permettre des pauses fréquentes, choisir un emploi du temps fixe et un peu ritualisé, qui permet à l’enfant de toujours savoir où il en est et de se concentrer sur le travail qu’on lui demande. D’une manière générale, il faut chercher à évacuer tout ce qui peut parasiter l’attention (je pense surtout, dans les salles de classe, aux écrans divers, aux multiples choses colorées qui décorent les murs et parfois pendent du plafond, et aux larges baies vitrées ouvertes sur la cour de récréation…).

Quel livre ou site internet conseillez-vous ?Proposition de questions :

On peut citer une association HyperSupers, laquelle a beaucoup œuvré dans l’information et la communication autour du TDAH : www.tdah-France.fr

Une présentation de cet article est parue dans Les Chroniques de la Fondation de septembre 2011.