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Guillaume Roquette : «La ligue des béats»Par 

On a fini par s’y habituer : classement après classement, le système éducatif français n’en finit pas de sombrer.

La dernière enquête internationale nous place désormais en 24e position (parmi les 25 pays les plus développés) pour le classement des élèves en mathématiques. Le niveau d’un collégien de quatrième est grosso modo celui d’un élève de cinquième en 1995. Et ce n’est guère plus brillant dans les autres matières.

On n’en fera pas grief à Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l’Éducation nationale fait tout ce qu’il peut pour remonter la pente : dédoublement de classes dans le primaire, réforme du lycée, «plan mathématiques», abandon de la calamiteuse réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem…

La bonne volonté gouvernementale est évidente, mais elle ne suffira pas. Car le «mammouth» souffre de handicaps qu’aucune réforme ne pourra faire disparaître.

[…]

Car c’est l’institution elle-même qui a renoncé à son devoir d’exigence. L’égalitarisme est devenu le nom hypocrite du renoncement, selon les mots si justes de Jacques Julliard. De la raréfaction des notes à la généralisation du contrôle continu, tout est fait pour dissimuler les différences entre les élèves et les établissements: plus une tête ne doit dépasser. Quand l’enfant est placé «au centre du système éducatif», son épanouissement personnel passe avant ses performances scolaires. Et ne parlons pas de l’obéissance: il n’y a qu’en Argentine et au Brésil où l’indice du climat de discipline en classe est inférieur à la moyenne observée en France, selon une récente étude de l’OCDE.

Beaucoup d’enseignants et de chefs d’établissement se désolent de cette situation. Mais le système est totalement verrouillé par des syndicats qui refusent tout aggiornamento : les directeurs d’école ne peuvent pas choisir leurs professeurs (ils ne sont même pas leurs supérieurs hiérarchiques), les mauvais enseignants ne sont pas sanctionnés, l’autonomie des collèges et des lycées est un leurre.

Résultat, jamais les performances des élèves n’ont autant dépendu de leur milieu familial: un comble pour une institution qui ne jure que par l’égalité des chances.

Avec le confinement, la numérisation de l’école s’intensifie. Sans débat de fond, soulignent les auteurs de cette tribune, qui rappellent qu’aucune étude n’a démontré les avantages du numérique pour les apprentissages… Ne vaudrait-il pas mieux recruter du personnel éclairé que de river les enfants à des machines ?

Durée de lecture : 7 minutes

12 décembre 2020 / Les associations Lève les yeux et Nous personne

Les associations Lève les yeuxNous Personne et le collectif Surexposition écran (Cose) sont engagés contre la numérisation de l’éducation. La liste de la vingtaine d’associations signataires de leur tribune se trouve en fin de texte.


Cela fait quelques années déjà que nos dirigeants politiques voient dans les écrans l’avenir de l’éducation. Les États généraux du numérique pour l’éducation, les 4 et 5 novembre derniers, ont marqué une étape supplémentaire dans l’avancée de ce projet politique en entérinant toutes les orientations prônées par la EdTech — pour « educational technology » – sans qu’aucune voix dissonante n’y soit entendue.

Après le Plan numérique pour l’école de François Hollande, le passage aux lycées 4.0 en régions Île-de-France et Grand-Est, les tablettes distribuées par les conseils départementaux et régionaux aux élèves un peu partout, l’école élémentaire 4.0 inaugurée dans le Val-d’Oise par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, en septembre dernier, la multiplication d’écrans dès la première année de maternelle… Doit-on s’attendre à voir arriver des tablettes pour bébés à la crèche ?

Pour quelles raisons, au juste, faut-il à tout prix remplacer livres et cahiers – bientôt les enseignants ? – par des écrans ? Comme l’a bien montré la journaliste et essayiste Naomi Klein, une « stratégie du choc » est à l’œuvre de la part des entreprises du numérique à l’heure de la lutte contre le Covid-19. Le confinement et l’enseignement à distance ont donné un formidable coup d’accélérateur à un projet déjà bien pensé, mais encore peu osé.

Pourtant, un nombre chaque jour croissant de parents, d’enseignants et autres personnels de l’Éducation nationale découvrent avec effroi les effets néfastes de la surexposition aux écrans et refusent que l’école républicaine ne se transforme, elle aussi, en kaléidoscope géant, après nos maisons, nos gares et nos rues. Nos associations se font ici l’écho de ce refus, exprimé à travers deux courriers adressés au gouvernement, aux présidents d’exécutifs locaux et à l’ensemble des parlementaires, restés à ce jour quasi lettres mortes [1].

Les effets délétères de la surexposition aux écrans sont pourtant prouvés

Aucune étude indépendante n’est parvenue à démontrer un effet positif du numérique sur les apprentissages, bien au contraire : l’étude Pisa, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), réalisée en 2015, révèle que les pays qui ont le plus bas niveau scolaire sont ceux qui utilisent le plus les outils numériques. Ô surprise, les humains transmettent mieux le savoir que les écrans.

Les effets délétères de la surexposition aux écrans sur la jeunesse sont constatés partout.

En outre, les effets délétères de la surexposition aux écrans sur la jeunesse sont constatés partout et également documentés par plus de 1.500 études internationales : troubles de l’attention, du sommeil, des apprentissages, retard de langage, troubles cognitifs, intolérance à la frustration, baisse de l’empathie, violence, cyber-harcèlement, isolement, dépression [2]… L’école doit-elle contribuer à augmenter le temps d’écran, déjà supérieur à la moitié du temps éveillé pour une majorité de collégiens et lycéens ou au contraire offrir un havre de déconnexion ?

Aux États-Unis, dans 45 États sur 50, les enfants n’apprennent plus à écrire

Ce drame sanitaire et éducatif immédiat est aussi une aberration politique à long terme. Comment concilier les ambitions écologiques indispensables à l’heure du réchauffement climatique et l’achat massif d’objets polluants lors de leur fabrication et de leur utilisation ? Pour rappel, le numérique représente, d’après le Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique, 3,7 % du total des émissions de gaz à effets de serre. Soit davantage que le secteur aérien [3] – un chiffre en hausse constante, alimenté par la numérisation de l’éducation.

L’argent public dépensé dans des tablettes – près de 2,3 milliards d’euros depuis 2013 [4] –, obsolètes tous les trois ans, ne serait-il pas plus utile, par exemple, dans le recrutement de personnel ou la réparation des écoles vétustes ?

L’argent public dépensé dans des tablettes ne serait-il pas plus utile dans le recrutement de personnel ou la réparation des écoles vétustes ?

Toutes ces raisons poussent de plus en plus de parents d’élèves à retirer leurs enfants de l’enseignement public pour les inscrire dans des établissements privés sans écrans, accentuant ainsi les inégalités sociales. Un phénomène déjà bien ancré aux États-Unis, où les parents de la Silicon Valley paient l’éducation Waldorf sans écran tandis que, dans le public, on n’apprend même plus à écrire dans 45 États sur 50. C’est pourquoi certains territoires français, à l’instar du Loiret, font marche arrière et retirent l’équipement numérique destiné aux enfants.

Une farce démocratique, dans le déni du principe de précaution

Comme pour la 5G, imposée en France en dépit des dangers de l’exposition aux ondes et du coût écologique, qui rendent une majorité de Français sceptiques, c’est la stratégie du bulldozer qui est adoptée. Dans la « voie unique vers le progrès » justement dénoncée par Bruno Latour, l’opposition au « numérique éducatif » est niée. Elle n’a pas été conviée à des États généraux qui rassemblaient avant tout la EdTech et ses promoteurs publics, et dont on se demande bien ce qu’ils avaient de « généraux ».

Comme pour la 5G, le gouvernement confond « révolution » et « putsch », en imposant par le haut des décisions arbitraires au seul profit de secteurs industriels, et dans le déni complet de l’élémentaire principe de précaution et de souci du bien commun.

Nos associations veulent encore croire en l’école publique, gratuite et de qualité, qui ouvre les esprits au lieu de les formater, en la lecture approfondie de textes et en l’écriture manuscrite, alliées de la mémoire, de la réflexion et de l’intelligence. Elles veulent encore croire en une école au sein de laquelle le savoir est transmis non par des machines et des algorithmes, mais par des humains, libres et éclairés.

Liste des associations signataires :

  • Lève les yeux !
  • CoSE (Collectif Surexposition Écrans)
  • Collectif Nous Personne
  • TECHNOlogos
  • Edupax
  • Adikphonia (Journées mondiales sans portable)
  • Halte à l’obsolescence programmée (HOP)
  • Alerte Écrans
  • Sciences critiques
  • Green IT
  • Collectif Parents unis contre les smartphones avant 15 ans
  • AFCIA (Association française contre l’intelligence artificielle)
  • Priartem (pour rassembler, informer et agir sur les risques liés aux technologies électro-magnétiques)
  • Enfance-Télé : danger ?
  • Etikya (pour un web plus éthique)
  • Attention D.É.F.I.(Attention Dangers Écrans Formons Informons)
  • LACUNE (L’Association Contre l’Utilitarisme et le Numérique Éducatifs)
  • Chevaliers du web
  • Collectif du Vallon (Aveyron) d’information sur les objets connectés et champs électromagnétiques artificiels
  • Collectif Défense 38 Éducation
  • Collectif Écran total – pour un usage raisonné et responsable du
    numérique dans l’éducation (de Nancy, 54)

Pour les associations désirant signer la pétition Et si l’avenir de l’éducation ne passait pas par les écrans ?, c’est ici.


[1Seul le cabinet du ministre de l’Éducation nationale a daigné nous répondre et nous attendons une date de rendez-vous.

[2Ces études sont accessibles sur le site du collectif Cose ou dans l’ouvrage La Fabrique du crétin digital, de Michel Desmurget (Seuil, 2019).

[3Elle serait de 2,5 % aujourd’hui, selon le Réseau action climat.

[4Selon le rapport de la Cour des comptes de 2019, « Le service public numérique pour l’éducation » (dépenses de 2013 à 2017).

Tribune de François-Xavier Bellamy, ancien professeur de philosophie et député européen.

Selon l’enquête internationale TIMSS, les élèves français sont les plus mauvais en mathématiques d’Europe. François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie et député au Parlement européen, déplore ce déclin de l’enseignement français.

Nous apprenons cette semaine que la France arrive désormais à la dernière place parmi les pays européens pour l’apprentissage des mathématiques. La dernière. Et ce n’est qu’un indice de la situation dans les autres disciplines… Si nous avions encore un peu de lucidité sur l’ordre de priorité des urgences dans notre pays, ce résultat de l’enquête internationale TIMMS, publiée mardi, devrait occuper la totalité de l’attention des médias et de l’opinion publique. Mais non… À peine quelques titres noyés dans les priorités du moment, très loin derrière le covid qui menace nos réveillons et l’annonce par le gouvernement d’un grand « Beauvau de la sécurité »…

DERNIER DE LA CLASSE

À ce rythme-là, nous avons surtout devant nous bien des « Grenelle du déclin », des « Ségur de l’impasse » ou des « États généraux de l’effondrement » : si la France ne se remet pas d’urgence à transmettre à ses enfants les savoirs fondamentaux indispensables à leur avenir, la seule ambition des prochains gouvernements sera d’administrer un déclassement aussi concerté, paisible et convivial que possible.

Après tout, notre pays a connu des généraux qui excellaient dans l’art d’organiser la retraite : ce n’est pas rien que de savoir se replier en bon ordre, de sombrer tout en veillant à la bonne application des protocoles. Gérer la débâcle : c’est le but que semble avoir choisi le ministère de l’Éducation nationale. Emblématique de l’impuissance de l’action publique aujourd’hui, il est devenu plus qu’aucun autre le ministère de l’étrange défaite, dans l’ambiance de délitement tranquille et de mensonge généralisé qui a fini par nous conduire à cette dernière place aujourd’hui.

« Quand on participe au pilotage de l’éducation nationale depuis quinze ans, comment peut-on ne pas se sentir comptable d’un échec aussi absolu ? »
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Au nom de la lutte contre l’islamisme radical, Emmanuel Macron a annoncé que l’instruction à domicile serait désormais « strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. L’instruction à l’école sera rendue obligatoire. C’est une nécessité. » Le projet de loi, qui doit être examiné le 9 décembre en Conseil des Ministres, indique que « les enfants de 3 à 16 ans ne pourront plus être instruits à la maison, sauf exception soumise à l’accord de l’administration et accordée pour un an. » Nous, professionnels de l’éducation, parents d’enfants instruits à la maison, membres d’associations, sommes convaincus que l’instruction en famille doit faire partie des options possibles. Avec les différents modes d’éducation alternatifs, elle participe à la richesse et au pluralisme de la citoyenneté française. 

Liste des cosignataires : Gregory David (Responsable de la Communication, association Colibris), Ramïn Farhangi (Collectif Enfance Libre), Muriel Fifils (fondatrice de l’école Caminando, Drôme), Isabelle Peloux (fondatrice de l’École du Colibri, Drôme), Marie-Hélène Pillot (co-coordinatrice de l’association Colibris, membre du réseau « Tous Dehors France »), Sophie Rabhi-Bouquet (fondatrice de l’école la Ferme des Enfants, Ardèche), Caroline Sost (Fondatrice de l’école Living School, Paris), André Stern (auteur, conférencier), Antonella Verdiani (auteure, conférencière, fondatrice du Printemps de l’éducation)

Nous pensons que l’éducation doit permettre à l’enfant la découverte de lui-même, des autres, ainsi que des savoirs et connaissances dont il aura besoin pour s’épanouir dans la société, et pour contribuer à relever les défis du siècle. Une éducation bienveillante, respectueuse et porteuse d’autonomie. C’est une aventure dans laquelle des milliers d’enseignants, de parents et d’enfants se sont déjà lancés, aux quatre coins du territoire. Et ce, sous différentes formes : au sein de l’école publique, dans les écoles privées sous ou hors contrat, ou par l’instruction en famille.

Le courant de l’école à la maison est confidentiel en France, avec environ 50 000 enfants concernés, sur plus de douze millions. Cette pratique légale et rigoureusement encadrée par l’État, depuis la loi Jules Ferry de 1882, est largement méconnue du grand public, certainement du fait de la confusion entre « instruction obligatoire » et « scolarisation obligatoire ».

Les parents qui choisissent ce type d’instruction le font pour différents motifs. La majorité est guidée par la recherche du bien-être et de l’épanouissement de leur enfant, au travers notamment de la mise en valeur de la coopération plutôt que de la compétition ; d’une pédagogie adaptée à leur enfant en particulier ; d’une plus large place accordée à l’éducation à la nature ; du développement des savoirs manuels et de l’autonomie ; et du respect des rythmes d’apprentissage différents selon les enfants.

La grande majorité des parents pratiquant l’instruction à la maison sont attachés aux valeurs républicaines, et les transmettent à leurs enfants : principe de laïcité, respect d’autrui, tolérance… Ils accomplissent, certes différemment, leur devoir d’accompagner les enfants dans leur construction en tant que citoyens. Ils forgent aussi leur esprit critique qui, loin de nuire à leur intégration dans la société, leur donne les clés pour transformer cette dernière — et non la reproduire — vers plus de solidarité, et plus de respect du vivant.

Nous sommes convaincus de la nécessité de lutter contre l’islamisme radical, et nous participons à ce combat contre l’obscurantisme et la violence en inculquant à nos enfants des valeurs d’empathie, de liberté et de non violence. Les dérives totalitaires de certains individus, quel que soit le cadre dans lequel leurs enfants sont instruits, vont à l’encontre de ces valeurs qui nous permettent de faire société. Nous les percevons comme un danger, pour les enfants concernés au premier chef, et pour la société toute entière. Mais aujourd’hui, aucun lien n’est établi entre instruction en famille et radicalisation religieuse. D’après le Ministère de l’Éducation Nationale lui-même, dans son vademecum « Instruction dans la famille »[1] paru en octobre, « les cas d’enfants exposés à un risque de radicalisation et repérés à l’occasion du contrôle de l’instruction au domicile familial sont exceptionnels. »

En visant toutes les familles pratiquant l’instruction à domicile, au nom d’une lutte contre l’islamisme radical, l’État se trompe de cible, tout en faisant fi de leur droit à instruire leurs enfants par eux-mêmes. Nous souhaitons que cessent les préjugés et les amalgames. La France ne doit pas avoir peur des différents modes d’instruction, mais bien plutôt y voir des innovations qui peuvent nourrir le système traditionnel, et qui participent à la richesse et à la diversité de la citoyenneté française.

Nous vous invitons à signer la pétition pour le maintien du droit à l’instruction en famille, dans l’intérêt supérieur de l’enfant, et dans l’intérêt de la République.


[1]  Vademecum « Instruction dans la famille », p38, Ministère de l’Éducation Nationale, octobre 2020. https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Actualites/30/6/VDM_IEF_1338306.pdf

A l’occasion des Etats généraux du numérique en éducation, finalement tenus « en distanciel » depuis Poitiers les 5 et 6 novembre 2020, la Fondation pour l’école lance un appel à la responsabilité de tous les directeurs d’établissements et leurs équipes éducatives afin qu’un véritable débat, en conscience, ait lieu au sein de leur structure quant à l’usage des nouvelles technologie.

Ce débat, propre à chaque école, collège ou lycée, doit permettre de créer le dialogue entre professeurs, parents et élèves sur le numérique éducatif, et donner lieu à de véritables « Charte du numérique » au sein de chaque établissement » .

Numérique  à l’école

L’appel de la Fondation  pour l’école à tous les établissements scolaires

1.

La Fondation pour l’école appelle chaque établissement scolaire indépendant à mener une réflexion approfondie sur la place qu’il souhaite donner aux nouvelles technologies.

2.

La Fondation pour l’école incite chaque établissement scolaire indépendant à s’appuyer sur la liberté dont il dispose pour définir clairement son positionnement en matière de numérique, et ainsi favoriser la cohérence d’action indispensable entre milieu scolaire et milieu familial.

3.

L’intérêt général immédiat et à long terme des enfants et des adolescents doit primer sur toute autre considération financière, idéologique ou électorale.

4.

La place à donner au numérique dans l’action éducative peut varier en fonction des situations et des choix de chacun (parents, professeurs, éducateurs) dès lors que ces choix sont éclairés et librement consentis.

5.

Des choix éclairés nécessitent l’accès à l’ensemble des informations disponibles et la libre organisation de débats contradictoires ouverts, hors conflits d’intérêt, donc hors lobbies industriels et financiers quels qu’ils soient.

Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, une maman ayant choisi l’école à la maison interpelle le Président de la République sur ce qu’est l’instruction en famille, pourquoi elle l’a choisie et pourquoi elle la défend aujourd’hui. Emmanuel Macron a en effet annoncé le 2 octobre la suppression de l’instruction à domicile dans le but de lutter contre les séparatismes.

« Monsieur le Président de la République,

Notre famille, comme quelques autres, a fait le choix de l’Instruction En Famille (IEF). Je ne cherche pas à vous convaincre d’une quelconque supériorité de ce mode d’instruction. Mes propos visent à évoquer l’importance pour les familles de pouvoir choisir le mode d’instruction donné à leurs enfants.

Nos enfants sèment les graines du monde de demain.

L’analogie est peut-être facile mais nous voyons aujourd’hui les dégâts d’une agriculture intensive et de la monoculture. Le monde de demain sera difficile, l’avenir de l’humanité est entre leurs mains. S’il vous plaît, pour que l’espoir demeure, laissons pousser des graines de toutes variétés. La nature nous le montre, la diversité est un gage d’équilibre.

La diversité est une chance.

L’article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1958 stipule que : «Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.» Cet article confie à chaque famille une grande responsabilité. En France nous avons la chance, jusqu’à aujourd’hui, de voir de nombreux choix s’offrir à nous. Avoir le choix ne réduit pas la responsabilité, il l’augmente. En tant que décisionnaires, nous nous impliquons davantage, nous réfléchissons davantage. Il est impératif que ces choix soient encadrés. Et c’est à l’État que revient cet encadrement en tant que garant des valeurs de la République. Interdire l’IEF ou la réduire à des cas exceptionnels nous prive de ce choix et, par là même d’une liberté de réflexion et d’action.

« L’obligation d’instruction est une évidence, elle n’est pas à débattre. L’obligation de scolarisation, quant à elle, nous restreint. »

Chaque mode d’instruction possède des atouts mais présente aussi des manques et des limites et c’est en cela que le choix est important. Choisir que ses enfants aillent à l’école, école publique, école privée, école à pédagogies alternatives, choisir pour ses enfants l’enseignement à distance ou pratiquer l’IEF, tous ces choix témoignent d’une réflexion, d’une implication, d’un engagement. Aujourd’hui l’Etat offre aux familles une grande latitude de rapports à l’éducation et à l’instruction, c’est une grande richesse. Richesse d’inventer de nouveaux rapports à l’éducation, de nous questionner, de nous adapter ou de changer, si nécessaire, pour que chaque enfant puisse voir son potentiel s’épanouir.

Je ne veux pas que l’instruction soit vécue par mes enfants comme une contrainte mais comme une chance. Je souhaite que mes enfants soient acteurs, partie prenante de leur éducation et de leur instruction. En pratiquant l’IEF, je prends le pari que mes enfants prendront conscience de la valeur de l’instruction et de leur chance d’appartenir à un État dans lequel chaque enfant peut la recevoir. Je prends le pari que, si un jour notre famille prend le chemin de l’école, ce sera avec des enfants acteurs de leurs apprentissages et épanouis.

Dire que l’on pratique l’IEF soulève bien des réactions. Il faut rappeler que cela reste une pratique très marginale. Les échanges à ce sujet sont riches de questionnements sur notre positionnement de parent, sur nos moyens pédagogiques et sur les modalités de transmissions de nos valeurs. Quand je parle de nos valeurs, je parle bien sûr des valeurs républicaines qui sont les nôtres.

Je veux que mes enfants soient libres, libres d’exprimer leurs opinions, libres de vivre selon leurs choix et dotés d’un esprit critique. Je veux que mes enfants vivent dans une société où ils seront égaux en droits, responsables de leurs actes, conscients de leurs devoirs vis-à-vis d’autrui. Je veux que mes enfants vivent dans un monde de fraternité où le respect de l’autre, la bienveillance, la solidarité et l’empathie soient des biens communs.

Je veux maintenant vous poser une question : pourquoi ce lien entre IEF et radicalisation ?

L’encadrement de l’IEF est, de mon expérience, important. Chaque année, l’instruction et la progression des enfants sont évaluées et l’épanouissement des enfants contrôlé. Pratiquer l’école à la maison ce n’est pas faire ce que l’on veut de ses enfants. Ce n’est pas non plus faire ce que l’on veut avec ses enfants. C’est simplement faire au mieux pour ses enfants comme tente de le faire n’importe quel parent. Pratiquer l’école à la maison implique de connaître les attendus du socle commun, de justifier ses choix pédagogiques, organisationnels et de montrer notre attachement aux valeurs de la République.

De fait, associer radicalisation et IEF me paraît infondé. Interdire l’IEF me semble une régression vis-à-vis des combats menés en faveur de l’éducation et de l’instruction pour tous. Restreindre les choix en matière d’instruction c’est restreindre nos pensées et nos actions dans ce domaine.

Notre liberté n’est pas absolue, mais pouvoir s’autoriser des variations autour de valeurs communes et d’un socle commun de connaissances, c’est laisser s’inventer de nouvelles richesses dans notre rapport au monde. »

Adeline Sardy


Pour soutenir l’IEF, nous vous invitons à signer la pétition suivante ICI. Cette pétition a reçu le soutien de la Fondation pour l’école et réunit une vingtaine de co-signataires.

La mesure a failli passer inaperçue, chuchotée plutôt que véritablement annoncée. C’est pourtant une petite révolution qui s’annonce dans le monde si codifié de l’Éducation nationale : faute de candidats suffisants aux postes vacants, l’institution vient d’ouvrir au secteur privé les fonctions de directeur d’établissement… le début d’une réoxygénation du système ? Espérons-le !


La direction des collèges et lycées s’ouvre aux personnes venues du privé

La mesure a été mise en place, cet été, pour enrayer la baisse des candidatures et diversifier les profils.

Par , publié le 13 octobre 2020 ici dans le journal Le Monde

Fini le temps où, pour diriger un collège ou un lycée, il fallait seulement venir de l’éducation nationale ou, a minima, être fonctionnaire de catégorie A. Dorénavant, toute personne issue du privé, du secteur associatif ou simplement élue pourra tenter sa chance. Seule condition, justifier d’une activité professionnelle d’au moins huit ans.

Passé inaperçu dans la torpeur estivale, un décret daté du 11 août prévoit, entre autres mesures, la création d’une troisième voie au concours de recrutement des personnels de direction. L’objectif est double : faire face à la baisse du nombre de candidats et ouvrir la profession à des personnes « au profil managérial et moins exclusivement pédagogique », précise le ministère.

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de la part d’un collectif d’associations (liste en fin de courrier)

Le 12 Octobre 2020

Dans le cadre de la préparation des États généraux du Numérique pour l’éducation qui se tiendront à Poitiers les 4 et 5 Novembre prochains sous l’égide du Ministère de l’Éducation nationale, la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale s’est réunie les 23 et 30 septembre 2020 pour quatre tables rondes consacrées au numérique éducatif, sous la présidence de Monsieur Bruno Studer, député LaREM de la 3ème circonscription du Bas-Rhin.

Compte tenu des enjeux, la question de la place à donner au numérique dans l’éducation mérite un débat sérieux et approfondi, par essence contradictoire. Nous nous étonnons par conséquent du choix des experts auditionnés par la Commission, qui, par leurs fonctions respectives ont, et c’est assez remarquable, tous un intérêt direct ou indirect à prôner la numérisation massive de l’Éducation nationale. Ainsi de Mesdames Marie-Caroline Missir, Directrice générale de Canopé, Caroline Vincent, enseignante à l’INSPÉ d’Aix-en-Provence, et de Messieurs Rémy Challe, Directeur général d’EdTech France, Jean-Marc Merriaux, Directeur général de la Direction du numérique pour l’éducation du Ministère de l’Éducation nationale, Alain Frugière, Président du réseau des INSPÉ, Jean-François Vendramini, Chef de service Numérique éducatif de la région Grand-Est, Frédéric Kerbèche, Chef du service développement et stratégie numérique à la direction de l’éducation et des collèges du conseil départemental du Val d’Oise, Édouard Geffray, Directeur général de l’enseignement scolaire, Pascal Bringer, Président de l’AFINEF (Association des entreprises du numérique pour l’éducation et la formation), Nicolas Turcat, Responsable du développement des usages numériques de la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts), Pierre Schmitt, Directeur technique et innovation de LDE (qui a remporté l’appel d’offre de la région Grand-Est et fournit à ce titre les manuels numériques de tous les lycées 4.0).

Sans surprise, les positions exprimées lors de ces deux journées ne questionnent aucunement le déploiement massif des nouvelles technologies dans le système éducatif auquel elles sont uniformément favorables. Lors de la seconde table ronde, le 23 septembre, Monsieur Rémy Challe s’est d’ailleurs félicité avec une touchante fraîcheur de cette belle unanimité, (conforme, cela va de soi, aux intérêts bien compris des quelques centaines de start-up regroupées au sein d’EdTech France).

Pourtant, des voix critiques de tous bords s’élèvent depuis plusieurs années et avancent des arguments solides, alertant sur les impacts négatifs du numérique sur les plans environnemental, social et anthropologique, appelant à une extrême vigilance quant aux risques spécifiques liés à l’Intelligence artificielle, montrant sans ambiguïté les effets délétères d’une surexposition des enfants et des adolescents aux écrans, et dénonçant de surcroît l’absence de bénéfices probants sur les apprentissages. Les documents sont tous aisément accessibles. Citons notamment les chiffres publiés par l’Adème, les derniers résultats des tests internationaux PISA, les travaux du CoSE (Collectif Surexposition aux Écrans, réunissant plusieurs professionnels de santé), les Assises 2017 de l’association Technologos consacrées à l’éducation numérique (avec notamment une conclusion du philosophe et mathématicien Olivier Rey), le blog La vie moderne animé par Loys Bonod, jeune professeur agrégé de lettres classiques, les publications du collectif Ecran Total de Crocq, les premières Assises de l’Attention organisées par Lève les yeux le 1er février 2020, le colloque Quelle place voulons-nous donner aux écrans dans la vie de nos enfants ? de la Fondation pour l’école la semaine suivante, et de nombreux auteurs parmi lesquels Manfred Spitzer, Michel Desmurget, Sabine Duflo, Éric Sadin, Philippe Champy, Karine Mauvilly, Philippe Bihouix, Marie David et Cédric Sauviat. Un ouvrage collectif Critiques de l’école numérique a également été publié en 2019 par Cédric Biagini aux éditions l’Échappée. La société civile n’est elle-même pas en reste comme le montrent l’Appel de Beauchastel (rédigé par un groupe d’enseignants en 2015 qui justifient leurs désaccords face à la numérisation imposée de leur métier), ou encore l’Appel Pour nos enfants, résistons ! lancé le 18 juin dernier par le collectif « Nous, personne » et qui a recueilli en quelques semaines plus de 700 signatures de tous horizons.

En l’absence d’intervenants capables de porter une voix discordante, les futurs États généraux du Numérique pour l’éducation s’annonceraient comme une vaste opération de prosélytisme et s’inscriraient à ce titre dans la continuité des salons type Educatec/Educatice. Loin d’un échange constructif de différents points de vue, le seul objectif de ces événements, chaque année plus nombreux, est manifestement de permettre aux industriels du secteur d’assurer la promotion toujours plus large de leurs produits, avec le soutien affiché des pouvoirs publics: ministères, académies, collectivités territoriales.

Afin de permettre la tenue de débats véritablement ouverts, nous demandons par conséquent à ce que les collectifs et associations qui souhaitent défendre publiquement une position plus critique puissent être présents à Poitiers les 4 et 5 novembre 2020 afin de participer aux États généraux du Numérique pour l’éducation en y bénéficiant d’un temps de parole suffisant.

Associations signataires

  • Collectif Nous Personne
  • Lève les yeux !
  • CoSE (Collectif Surexposition aux Écrans)
  • Technologos
  • Edupax
  • Adikphonia (Journées mondiales sans portable)
  • HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée)
  • Alerte Écrans
  • Sciences Critiques
  • Screenpeace
  • Fondation pour l’école
  • Collectif Parents Unis contre le smartphone avant 15 ans
  • AFCIA (Association Française Contre l’Intelligence Artificielle)
  • Priartem
  • Enfance – Télé : Danger ?
  • Chevaliers du Web
  • Etikya
  • Sans Mon Portable
  • Attention D.É.F.I (Attention Dangers Écrans Formons Informons)
  • LACUNE (L’association contre l’Utilitarisme et le Numérique Éducatifs)
  • Collectif du Vallon d’information sur les objets connectés et champs électromagnétiques artificiels (Aveyron)
  • Collectif Défense Éducation 38 (Isère)
  • Attac Isère
  • Collectif nancéen « Écran Total – pour un usage raisonné et responsable du numérique dans l’éducation » (Meurthe-et-Moselle)
  • Association 3/12 (Var)
  • GFEN (Groupe Français d’Éducation Nouvelle) (Bas-Rhin)

Le journaliste, matinalier d’une radio, explique pourquoi son épouse et lui ont fait le choix d’instruire leurs enfants en famille, liberté reconnue, à ce jour, par le droit français.

Par MATTHIEU BELLIARD
«L’instruction en famille est composite. Le choix est motivé par des raisons parfois très différentes».
Monsieur le président de la République, en 2016, avec nos enfants, nous avons fait un choix de liberté. Celui de l’instruction en famille. Aucun de nos enfants n’est atteint de pathologie lourde, aucun de nous n’est pratiquant d’une quelconque religion. C’est un choix de parents éclairés, ambitieux et volontaires. Le choix de s’engager pleinement dans l’instruction de nos enfants. Leur ouvrir le monde, leur apporter un regard différent et développer chez eux un sens aigu de l’autonomie.
Nous avons le plus grand respect pour l’institution scolaire en elle-même, pour son histoire de luttes pour la protection des enfants, pour son personnel, enseignant ou non, que nous savons dévoué.
C’est vrai que c’est étonnant, de ne pas «mettre» ses enfants à l’école. C’est vrai que ce n’est pas courant. Nous avons dû et nous devons encore bien souvent expliquer ce choix.
L’école est un service public que nous devons protéger. Jalousement. Dont nous, Français, devons être les plus fiers.
Néanmoins, jamais l’école ne permettra ce que l’instruction en famille permet : développer le sens du travail autonome, aiguiser la curiosité des enfants et leur procurer soif, envie, appétit pour les apprentissages. Nos enfants aiment «travailler». C’est le terme que nous utilisons avec eux. Ils aiment découvrir. Ils aiment s’exercer. Nos enfants passent beaucoup de temps à l’extérieur. Ils grandissent au contact de la nature, au contact des éléments, des saisons et au contact de nombre d’enfants instruits en famille.
Nous leur demandons régulièrement quel est leur souhait. Nous leur proposons très souvent: «As-tu envie d’aller à l’école?». Nous ne sommes ni fermés, ni figés dans une idéologie. Nos enfants ont soif d’apprendre. Soif de connaissance. Soif de contact humain. Et ils ont de nombreux amis, ils ne sont pas seuls – isolés à la maison – comme on pourrait le penser. Des amis d’extractions sociales différentes, d’origines différentes, de religions différentes. Il y a dans ce groupe d’instruits en famille une mixité «sociale, territoriale et ethnique» que l’on trouve assez peu dans la société française de nos jours. Il faut le reconnaître
Nous organisons souvent des sorties, expositions, visites avec d’autres enfants instruits en famille
Qui sont ces enfants ni instruits par l’Éducation nationale, ni par le privé sous contrat et hors contrat? Qui sont les parents? L’instruction en famille est composite. Le choix est motivé par des raisons parfois très différentes. La première, évidente, est celle de la santé de l’enfant. Vous y faites référence, monsieur le président de la République. Nous concernant, c’est un sentiment mêlé de liberté et de responsabilité. Nous sommes des parents investis: nous avons fait le choix de prendre en charge nous-même leur instruction et leur éducation. Nous avons choisi d’avoir des enfants pour nous en occuper à plein temps. Et c’est précieux, pour ces enfants. Tous.
Nous les ouvrons au monde, nous les accompagnons en fonction de leur rythme propre, de leurs besoins, de leurs centres d’intérêt et de curiosité. Une personne apprend ce dont elle a besoin, quand elle en a le besoin. Alors nous nous rendons disponibles pour eux. Nous-mêmes, nous prenons le temps d’apprendre à les connaître afin de leur permettre de se découvrir et de trouver par eux-mêmes leur place dans le monde.
Il faut aussi comprendre que dans l’instruction en famille, les enfants évoluent au contact d’autres enfants d’âges très variés – et non plus simplement par classe d’âge, par année de naissance. Ils grandissent et se développent au contact d’autres adultes aussi. Ne dit-on pas qu’il faut un village pour éduquer un enfant?
Nous avons foi en certaines valeurs. À commencer par la liberté. Elle est toujours à conquérir, à préserver. Elle doit être défendue et nous vous savons sensible à cette question
Monsieur le président de la République, votre discours du vendredi 2 octobre nous a heurtés
Nous ne nuisons pas à la société et avons la conviction d’aider la République en instruisant de futurs citoyens agiles, volontaires, n’ayant pas peur des apprentissages et connaissant les valeurs, le socle commun de notre société.
Nous n’acceptons pas que vous amalgamiez notre pratique à ces «écoles, entre guillemets car elles ne sont pas déclarées même comme telles, illégales, souvent administrées par des extrémistes religieux». Non, nos enfants ne sont pas «hors système», «exclus» comme vous le dites «de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité».

Le cadre est pourtant très clair. Les contrôles de l’Éducation nationale et même des services sociaux de la mairie sont réguliers. Mais en réalité, nous ne vous croyons pas capable d’une telle confusion, d’une si grossière erreur en connaissance de cause

Nous sommes les citoyens d’un grand pays, mais voyons bien aussi que la société s’interroge

Quels changements arrivez-vous à imaginer en canalisant tous les enfants de la République dans un seul et unique modèle? Les enfants construisent le monde de demain. Si nous, adultes, ne permettons pas, n’encourageons pas une certaine diversité de construction, comment changer la société?

Cette décision qui est la vôtre vise à protéger les Français. C’est évidemment louable. Mais peut-on protéger les Français au détriment des enfants? Sur ces questions-là, ne doivent-ils pas rester la seule et unique priorité?

Nous ne voulons pas insulter votre intelligence en imaginant que vous soyez si confus. Vous avez reconnu vous-même que cette décision avait été très discutée au sein du gouvernement. Vous en conviendrez, les choses ne sont pas si manichéennes. Nous ne pensons pas que vous soyez suffisamment informé. Nous ne pensons pas que vous sachiez qui nous sommes et quel est notre projet pédagogique

C’est la raison pour laquelle nous vous demandons, en tant que simples parents «homeschooler» de revenir sur votre décision

Mais pour que votre choix soit éclairé, nous vous invitons, monsieur le président de la République, dans notre foyer. Sans caméra, ni journaliste, sans aréopage de conseillers. Nous vous invitons à observer ce qu’est l’instruction en famille. Alors, nous sommes convaincus que vous reverrez votre position

Emmanuel Macron, ne faites pas le choix absurde de renoncer à la liberté au nom des Lumières. Ne faites pas de nos enfants des otages de la folie de certains adultes.

Le 2 octobre, lors de son discours du détaillant les mesures du plan d’action de lutte contre les séparatismes, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé qu’à partir de la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera obligatoire pour tous, dès 3 ans, et que l’instruction à domicile serait limitée aux impératifs de santé.

Ce type d’éducation alternatif qu’est l’école à la maison se trouve ainsi sous le feu des projecteurs. Comment définir ce mode d’apprentissage qui, tout en étant très marginal, est en progression depuis plusieurs années ? En quoi les mesures actuelles vont-elles changer les choses pour les familles ?

Un mode d’éducation ancien et légal

La loi Ferry du 28 mars 1882 instaure l’instruction obligatoire, qui se déroule au sein d’établissements scolaires, publics ou privés, ou dans les familles. Cette disposition est toujours aujourd’hui en vigueur à travers l’article L.131-2 du Code de l’Éducation.

Ce choix souligne que c’est l’instruction qui est obligatoire, et non l’école, mais aussi que, d’un point de vue historique, l’éducation des enfants relève de la prérogative des parents. En construisant une institution scolaire publique pour tous depuis le XIXe siècle, l’État a marginalisé ce mode d’éducation parentale, tout en lui conservant un statut légal en France au nom de la liberté d’enseignement.

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