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Actualités

Les Charter Schools (ces écoles publiques dont la gestion est déléguée à un prestataire privé ou à une réunion de professeurs, et qui sont libres de choisir leur profil éducatif, pédagogique et spirituel) connaissent un fort succès aux Etats-Unis. 28 des 100 meilleurs écoles des Etats-Unis sont des charter schools selon le classement publié ces jours-ci.

 Texte : US News et  American Institutes for Research (AIR) ont publié aujourd’hui leur classement pour 2013 des écoles les plus performantes (2013 Best High Schools Rankings ). 28 sur 100 sont des Charter schools . 3 d’entre elles comptent même parmi les 10  meilleures : il s’agit de BASIS Tucson (#2), Gwinnett School of Mathematics, Science and Technology (#3), and BASIS Scottsdale (#5). Les « High schools » publiques sont évaluées sur la  base d’indicateurs complexes comme la performance de leurs élèves aux tests nationaux, la performance des élèves défavorisés, les résultats au baccalauréat international… Ce classement a été opéré à partir des résultats de l’ensemble des établissement spublics soit 21 035 établissements répartis dans 49 Etats et le district de Columbia.

Ces Charter Schools occupent une place toujours plus importante dans le classement : ils n’étaient que 10 en 2009. Il sont donc 28 aujourd’hui parmi les 100 meilleurs des Etats-Unis. Cette forte progression des établissements publics à gestion autonome et privée montre l’efficacité de ce type de gestion et d’esprit. Une efficacité qui devrait inspirer la France dans ses réformes.

Source : http://www.publiccharters.org/Blog/?id=391&utm_source=feedly

Pour en savoir plus sur la méthodologie de classement : http://www.usnews.com/education/high-schools/articles/2013/04/22/how-us-news-calculated-the-2013-best-high-schools-rankings

Cet article de Laura Taillandier consacré au colloque de la Fondation pour l’école est paru le 3 avril 2012 sur le site d’AEF, agence de presse spécialisée. Il est reproduit avec l’aimable autorisation d’AEF. 

« Le financement public du libre choix scolaire se développe dans le monde. La forme qui suscite aujourd’hui le plus d’intérêt est celle des charter schools[1] », indique une étude intitulée « bilan des expériences étrangères de financement public du libre choix de l’école », réalisée par Charles Arnoux et Liliane Debroas, docteurs en économie à l’Université d’Aix-Marseille. Cette étude commandée par la Fondation pour l’école[2] est présentée à l’occasion d’une demi-journée d’études, mardi 3 avril 2012 au Palais Bourbon, à Paris, portant sur les « chèque-éducation, crédit d’impôt, charter schools : des solutions pour réformer l’école en France ? ». Selon ces travaux, « à ce jour, les expériences les plus étendues (au regard du nombre d’enfants concernés) sont – les Pays-Bas, le Chili et la Nouvelle-Zélande pour le chèque-éducation, – certains États états-uniens pour le crédit d’impôt, – certains États états-uniens et le Royaume-Uni (Angleterre) pour les charter schools ».

Selon les auteurs de l’étude, « pour les enfants concernés par ces programmes, le bilan semble clairement positif ». « Les parents et les enfants impliqués, les hommes politiques promoteurs de ces choix affichent généralement un haut niveau de satisfaction et sont nombreux à se mobiliser pour la généralisation de ce système », relèvent-ils. Aussi, il « apparaît qu’opter pour le financement public du libre choix scolaire demeure un choix de société, un choix philosophique et éminemment politique ». « Il dépend des valeurs que l’on a, de la place que l’on accorde aux libertés des citoyens et du rôle que l’on reconnaît à l’État. » 

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Ouverture du colloque


Ouverture du colloque sur les solutions à la… par liberte-scolaire

Présentation d’une étude économique sur les expériences étrangères de financement des alternatives pédagogiques, par Charles Arnoux, Docteur en économie et Maître de conférences à l’Université Aix-Marseille III


Etude sur les expériences étrangères de… par liberte-scolaire

Présentation des propositions d’application au cas français de systèmes de financement public d’offres scolaires alternatives par Charles Arnoux et Anne Coffinier, Fondation pour l’école


mécanismes de financement public d’offres… par liberte-scolaire

Table ronde animée par Alain Baron, journaliste économique, avec Jacques Bichot, économiste, professeur des universités, membre honoraire du Conseil économique et social, et Agnès Verdier, directrice de la Fondation iFRAP


Table ronde Financement public des offres… par liberte-scolaire

Conclusion par Lionel Devic, président de la Fondation pour l’école


Conclusion Colloque financement public d offres… par liberte-scolaire

La synthèse du colloque est suivie de l’étude complète sur « Le bilan des expériences de financement public du libre choix de l’école », réalisée par Charles Arnoux et Liliane Debroas, docteurs en économie, et des propositions de réforme formulées par la Fondation pour l’école « Applications à la France de mécanismes de financement public d’offres scolaires alternatives limitées aux cas de défaillance avérée de l’offre scolaire publique ». 

I          DIAGNOSTIC 

L’État a le devoir constitutionnel d’assurer à tous les enfants un égal accès à l’instruction. Est-ce une obligation de moyens ou une obligation de résultat ? Une chose est en tout cas certaine : l’existence de 40 % d’enfants en échec scolaire en fin de CM2 et de plus de 200  000 « décrocheurs » par an est le signal de défaillances caractérisées de l’offre scolaire publique. En zones d’éducation dite prioritaire, dans les campagnes peu peuplées ou pour les enfants ayant des besoins éducatifs spécifiques (handicapés, précoces, « dys », primo-arrivants…), il y a une rupture avérée de l’égalité des chances, contraire àla justice. Au moins pour ces enfants, une réforme de l’offre scolaire s’impose.

II         LES EXEMPLES ÉTRANGERS
(D’après l’étude réalisée par Ch. Arnoux et L. Debroas – mars 2012, Université d’Aix–Marseille)

Depuis les années 1990, nombre de pays performants ont conduit des réformes qui sont fondées pour l’essentiel sur le renforcement de l’autonomie des établissements et le financement public du libre choix de l’école par les parents. À ce jour, les expériences les plus importantes sont menées :

– aux Pays-Bas, au Chili, en Suède, au Danemark et en Nouvelle-Zélande pour le chèque-éducation,

– dans certains États des Etats-Unis pour le crédit d’impôt,

– dans 41 États états-uniens, au Royaume-Uni (Angleterre) et à Bogota (Colombie) pour les charter schools.

III       UN SEUL PRINCIPE, TROIS MÉCANISMES INNOVANTS

1- Le chèque-éducation (appelé voucher dans les pays anglo-saxons, ou encore « ticket scolaire » ou « bon scolaire » dans les pays francophones) : les parents reçoivent un coupon qui leur permet de payer l’établissement scolaire de leur choix (en pratique, l’argent est le plus souvent envoyé directement à l’école, au prorata du nombre d’élèves). Ce système peut couvrir les seules écoles privées (cf. États-Unis) ou bien être appliqué aussi aux écoles publiques (cf. Pays-Bas). Le montant de ce chèque est fixé par rapport au coût moyen de scolarisation d’un enfant en école publique (85 % du coût au Danemark).

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La Fondation pour l’école vous invite à participer
à la demi-journée d’études qu’elle organise sur le thème :

Chèque éducation, crédit d’impôt, charter schools :
des solutions pour réformer l’école en France ?

Demi-journée d’études à partir des expériences étrangères
de financement public du libre choix de l’école

Mardi 3 avril 2012
de 9h30 à 12h30
Salle Colbert au Palais Bourbon
126 rue de l’Université – Paris VIIe

En France, 40% des enfants sont en échec scolaire. Qu’il s’agisse d’enfants des banlieues sensibles, d’enfants précoces, d’enfants souffrant de troubles de l’apprentissage (les dys…), l’offre scolaire ordinaire est impuissante à leur apporter une réponse efficace. Il en va de même pour les enfants vivant dans des zones rurales peu peuplées et privées d’école de proximité… L’étude des expériences étrangères montre qu’il existe des moyens de financer l’égal accès de tous, même des plus démunis, à des écoles de qualité.  

Présentation d’une étude économique sur les expériences étrangères de financement des alternatives pédagogiques, par Charles Arnoux, docteur en économie et directeur d’études à l’Université Aix-Marseille III

Propositions d’application au cas français de systèmes de financement public d’offres scolaires alternatives, par Anne Coffinier, Fondation pour l’école

Table ronde animée par Alain Baron, journaliste économique, avec notamment :
Jacques Bichot, économiste, professeur des universités, membre honoraire du Conseil économique et social, et Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation iFRAP

Conclusion par Lionel Devic, président de la Fondation pour l’école

Entrée libre – Inscription obligatoire au plus tard le 1er avril et dans la limite des places disponibles à : [email protected] ou au  01 42 62 76 94

Seules les personnes dûment inscrites et munies d’une pièce d’identité (CNI, passeport) pourront accéder au Palais Bourbon.
Il ne sera pas possible d’accepter des personnes ne s’étant pas inscrites au préalable.
L’accueil se fera entre 9h et 9h30 au 126 rue de l’Université – Paris VIIe

FONDATION POUR L’ECOLE
Fondation reconnue d’utilité publique
25, rue Sainte-Isaure, 75018 Paris
Tél. : 01 42 62 76 94 – www.fondationpourlecole.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les charter schools californiennes sont des écoles publiques financées par l’Etat qui bénéficient d’une importante autonomie,  d’une réelle liberté pédagogique et institutionnelle, et qui peuvent faire appel au mécénat, le tout dans le respect des programmes et des évaluations publics.

Le 23 novembre 2011, l’émission Rue des écoles de France Culture a été consacrée à cette catégorie d’écoles innovantes. Une expérience d’autonomie scolaire et de liberté pédagogique qui mérite l’attention.

[audio:http://www.liberte-scolaire.com/wp-content/uploads/2011/11/charter-school-23-novembre-france-culture1.mp3]

La chronique de Benoît Falaize sur France Culture est reprise par le site internet Educpros. En voici le contenu.

« On sait qu’aux États-Unis, l’enseignement public, qui est le plus pratiqué, est couplé à un large secteur privé, confessionnel ou non, aux tarifs de scolarité souvent élevés. Ce que l’on sait moins, c’est que les États-Unis disposent d’une catégorie d’écoles publiques, de l’élémentaire à la high school, dénommée charter school, c’est-à-dire école sous charte, ou sous contrat.

« Il s’agit d’écoles sous contrat, pourrait-on dire, mais pas privées, et qui doivent être en conformité avec la politique de l’État concerné ainsi qu’avec les obligations fédérales en matière d’éducation. Les premières charter schools naissent aux États-Unis au début des années 1990. En Californie, c’est en 1993 qu’est fondée la première.

« De quoi s’agit-il ? Les charter schools étaient conçues comme des sortes de laboratoires pour les réformes éducatives possibles. Une manière d’innover en matière pédagogique, ou de réformer en profondeur un système public en déshérence, en crise. En fait, il s’agit d’écoles qui vont définir une scolarité autonome (plus qu’indépendante) des écoles publiques traditionnelles, tout en respectant les critères en matière de programmes et d’évaluation de l’État ou des directives fédérales.

« Au fond, c’est un mouvement que l’on pourrait volontiers appeler “alternatif”, qui va intéresser moins les pourfendeurs de l’école publique américaine soucieux de libéraliser le système éducatif, que les parents, pédagogues, désireux de maintenir un système public de qualité, gratuit, mais au fait des tendances récentes de la recherche en éducation et des aspirations des enfants.

« L’alternative des charter schools permet de penser à un renouvellement des manières d’être dans le secteur public, avec plus d’initiative locale, plus de liberté institutionnelle aussi.

Du coup, dans un État ouvert aux idées alternatives et à l’éducation nouvelle, et soucieux de sauvegarder le secteur public, il n’est pas étonnant de voir que, dans la seule Californie, sont nées plus de 700 charter schools : certes, cela ne représente que 4 % de l’ensemble de la population scolaire californienne, mais c’est un ratio un peu plus important que celui de l’ensemble américain, territoire qui compte à peu près 5.000 écoles dites charter schools.

Alors, en quoi ces écoles nous intéressent-elles ? D’abord parce que cela nous donne, à nous Français, une représentation un peu plus nuancée de la réalité scolaire américaine. Il n’y a pas que des écoles publiques traumatisées par la baisse des crédits, et des écoles privées rayonnantes. L’alternative des charter schools permet de penser à un renouvellement des manières d’être dans le secteur public, avec plus d’initiative locale, plus de liberté institutionnelle aussi. Le recours au mécénat est un des moyens autorisés par exemple, à condition que les entreprises partenaires ne puissent utiliser leur soutien dans un but commercial, ou pour leur profit.

Ensuite, ces écoles nous donnent à voir des résultats scolaires largement équivalents aux autres écoles, voire nettement meilleurs dans des domaines moins convenus, moins conformes. Si l’apprentissage des mathématiques semble en difficulté en Californie au moins en regard de ses résultats, les arts, la littérature, la création au sens large sont valorisés et – pour reprendre le langage officiel – performants.

Enfin, et il faudrait terminer par les middle schools, c’est-à-dire les classes pour les âges qui correspondent au collège en France : au sein des charters schools, la modalité d’entrée dans les disciplines est différente de celle pratiquée en France. Pas plus de deux ou trois professeurs pour l’ensemble des disciplines. Du même coup, la transversalité des apprentissages, ce que l’école primaire appelle la polyvalence, est de mise : faire de l’histoire avec des œuvres d’art, des textes littéraires, faire des sciences à partir de l’histoire, instaurer des moments philosophiques… Bref, à l’heure où le collège français se cherche, envisage même parfois le retour aux PEGC, à l’heure où les crédits en matière d’éducation s’effritent, ces charter schools californiennes nous laissent à penser…»

Benoît Falaize
Université de Cergy-Pontoise

Auteur (avec Elsa Bouteville) de L’Essentiel du prof d’école, l’Etudiant/Didier, 2011.

Photography for the Mystic Valley Charter Schools.Liberté scolaire a résumé et traduit pour vous un article du City Journal hors série 2013 de Marcus A. Winters, senior fellow  au Manhattan Institute, professeur assistant au College of Education à l’Université du Colorado et auteur de Teachers Matter . Il montre que les charter schools de New York ont permis des progrès notables des élèves.

Parmi toutes les réformes que le maire de New-York, Mickael Bloomberg a adoptées, celle des « Charters schools » (écoles indépendantes publiques ayant davantage d’autonomies notamment pour les salaires et les rythmes scolaires) est la plus belle réussite. Il y avait 14 charters schools  quand il a pris ses fonctions. Aujourd’hui, on en compte 159 qui scolarisent plus de 48 000 élèves. Ces écoles sont surtout concentrées dans des zones plus difficiles comme Harlem ou le Sud du Bronx. Si l’on en croit le New York City Charter School Center, il y a aurait 53 000 élèves actuellement en listes d’attentes.

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Le développement des écoles à charte aux États-Unis fait désormais partie de la réflexion éducative menée sur l’ensemble du territoire américain. Selon les propos de Robin Lake, éditeur du dernier bulletin annuel du « Centre pour la Réinvention de l’Éducation Publique » (CRPE) intitulé « Espoirs, Peurs et Réalités », « les responsables scolaires en milieu urbain se rendent compte qu’une approche centralisée, taillée selon un format unique pour tous, n’est tout simplement plus viable et qu’ils ont besoin de partenariats réunissant le talent entrepreneurial et les équipes éducatives conscientes de leur mission ».

Un exemple concret en est donné avec ce reportage sur la Noble Charter School de Chicago.

Le mal dont souffre le système scolaire américain est facile à définir : l’argent déversé dans les innombrables programmes d’aménagement du système est inversement proportionnel à la dégradation des conditions scolaires et des chances des élèves à développer leur potentiel personnel et à accéder aux formations universitaires qu’ils auraient envisagées. Les budgets ne cessent de progresser alors que les évaluations du niveau des élèves de l’enseignement public sont en régression au niveau national et international. Les parents, quant à eux, recherchent désespérément les écoles où leurs enfants auront la meilleure chance d’être préparés à leur vie adulte.

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 Une charter school est une école libre financée sur fonds publics. Voici un reportage sur une école de ce type située dans le quartier de Harlem, dans la banlieue de New-York.

 » Les résultats de l’école sont excellents, bien meilleurs que dans le public. Les charter school ont été créées par le gouvernement américain il y a environ quinze ans. Leur objectif ? Améliorer le niveau des élèves et mieux gérer le budget de l’éducation nationale. Les établissements sont financés par des fonds publics mais leur gestion est privée. L’Etat ne leur impose qu’une seule chose, la réussite des élèves aux examens officiels. Et les résultats aux tests de l’État sont meilleurs que ceux des écoles publiques. »


Les Charter Schools aux Etats-Unis par liberte-scolaire

Jean-Philippe Delsol publie « Éloge de l’inégalité » aux éditions Manitoba. L’auteur s’insurge contre la doxa contemporaine qui voudrait que l’égalité soit la mesure de toute chose. Extraits.

 

Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste et président de l’Iref (Institut de recherches économiques et sociales).


L’éducation est paradoxalement le domaine où il peut régner la plus grande égalité parce qu’elle est l’objet de la plus grande inégalité par nature. L’éducation est en effet le lieu même où ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas encore. Par définition elle enseigne ce que les générations passées ont déjà appris pour éviter que le petit d’homme ait à redécouvrir tout ce que les civilisations antérieures ont déjà découvert et le progrès que cela leur a permis. Elle apprend aussi, et c’est essentiel, à porter un regard critique pour pouvoir aller plus loin. Mais pour disposer de cet esprit interrogateur et constructif encore faut-il connaître l’état du savoir porté par les générations antérieures. Il s’agit donc d’une relation nécessairement inégale dans laquelle l’autorité enseigne les acquis en même temps qu’elle ouvre à leur questionnement. C’est le rôle en effet de la bonne tradition de délivrer « tout prêt » ce que des siècles ont permis d’accumuler de bon pour les hommes, ce qui a réussi dans le passé pour le porter plus loin. Sinon, il faudrait que chaque génération recommence sans fin et nous en serions encore à l’âge de pierre.

Mais encore faut-il recevoir et acquérir cet enseignement. Sans l’éducation, les enfants recueillis par des animaux à la naissance ou peu après, comme plus simplement ceux que des parents laissent végéter dans la solitude d’un placard, comme cela arrive malheureusement encore quelquefois, demeurent sauvages et souvent restent attardés toute leur vie s’ils ne bénéficient pas d’un retour précoce à la civilisation et à l’apprentissage de leur monde. Les enfants d’homme, à l’inverse de ceux des animaux, naissent avec une capacité d’apprentissage mais peu d’acquis. Ainsi, parce que cette transmission est donc si nécessaire à l’homme, parce qu’elle est constitutive de son devenir, les parents doivent bien entendu en avoir, les premiers, le souci, mais la collectivité doit sans doute légitimement veiller à ce que tous les enfants bénéficient de cette instruction et faire en sorte que chacun puisse recevoir celle qui lui est la plus adaptée de telle façon que la communauté des hommes appelés à vivre ensemble soit assurée que chacun peut faire prospérer ses propres talents et qu’aucun ne perde cette chance sauf à la rejeter lui-même. L’État n’a pas pour autant particulièrement vocation et n’a aucune obligation à prendre en charge lui-même l’enseignement, mais seulement le devoir de s’assurer que tous peuvent y accéder. 

La réalité est que le monopole de l’instruction, qui a peut-être eu quelques mérites au temps des hussards noirs de la République, a désormais démontré son incapacité à délivrer les bases du savoir à tous et à promouvoir les élèves les plus prometteurs. Cette difficulté qu’a rencontrée l’école publique à remplir sa mission tient au fait qu’elle a voulu garantir l’égalité de niveau de tous les enfants et que, ce faisant, elle a dû les abaisser tous à l’étiage des plus médiocres à défaut de pouvoir relever celui de ces derniers. Mais plus fondamentalement, cette attitude a découlé naturellement de la centralisation du système scolaire joint à la volonté d’imposer plus que l’égalité des chances, une égalité sans retenue ni discernement, sans considération des différences et des attentes de chacun. L’échec de l’école tient souvent à la formation même des maîtres auxquels certains apprennent désormais à ne plus enseigner pour ne pas rompre le rapport naturel d’égalité avec leurs élèves.

La liberté scolaire viendrait rétablir une saine compétition entre les établissements scolaires pour faire ressortir les méthodes qui marchent et celles qui échouent et permettre aux parents de choisir entre eux. Elle répondrait mieux aux besoins des enfants autant que des parents.

Car au-delà de l’instruction proprement dite, le but de l’école est d’apprendre aux enfants à être autonomes. Une autonomie nécessaire pour permettre à chacun d’eux, selon le mot de Pindare, de devenir ce qu’ils sont, de s’ouvrir à une culture d’interrogation sur la profondeur de leur ignorance, de gérer l’incertitude et le questionnement permanents de l’existence, d’accepter des réponses possibles là où nous aimerions tant des réponses certaines, de transcender le tragique que traverse toute vie d’homme. Et cette autonomie, c’est-à-dire l’exercice de sa liberté par l’enfant, ne peut pas être bien enseignée par des écoles et des professeurs qui ne sont pas maîtres de leurs enseignements, qui ne sont pas eux-mêmes autonomes.

C’est à ce titre que la liberté scolaire est nécessaire presque de manière anthropologique, parce que des enseignants qui n’ont pas la liberté du contenu de leur enseignement et/ou de leurs méthodes d’enseignement ne sont pas préparés, ne sont pas construits pour enseigner l’art de la liberté et de son exercice. Il est difficile d’apprendre aux autres ce que l’on ne vit pas. Celui qui est coulé dans le moule uniforme d’un système de masse a forcément de la peine à penser et à accepter tout à la fois la singularité et la diversité, à les valoriser, à les prendre en compte, à apprendre à progresser avec l’inquiétude congénitale de l’homme sur lui-même et à en tirer parti. L’école d’État ne vit que de ses certitudes, de ses méthodes et ses programmes imposés, trop souvent enfermée dans son carcan idéologique qui l’empêche de guider les élèves dans un monde ouvert.

En matière d’éducation, l’État n’a pourtant ni obligation ni même vocation naturelle à construire des écoles et embaucher des enseignants, mais seulement de s’assurer que tous les enfants reçoivent une instruction correcte et de favoriser leur éducation. À cet égard, la liberté scolaire peut prendre des formes diverses, au travers du bon scolaire remis à chaque famille pour payer l’école de leur choix pour leurs enfants (comme en Suède par exemple) ou par un subventionnement objectif des écoles indépendantes (comme avec les Free schools ou les Académies en Angleterre, ou les Charter schools aux USA, ou encore comme aux Pays-Bas). Peu importe du moment qu’elle existe. Partout les résultats sont là aussi pour démontrer que, globalement, les enfants sont les bénéficiaires de la liberté scolaire. Simplement parce qu’elle répond à leur besoin naturel, parce que des écoles autonomes enseignent mieux l’autonomie, que des écoles libres forment mieux à la liberté.

Selon une étude de l’OCDE/PISA du 11 juin 2018, les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. L’autonomie des écoles, note cette étude, favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus flexibles et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants: conditions de travail, formation permanente, évaluation régulière, participation au projet de l’école…

Certes, quand les écoles sont autonomes, voire indépendantes, l’État doit conserver un certain contrôle de la qualité et de la sécurité de ces établissements comme il doit veiller à empêcher toute dérive sectaire. Mais ainsi, l’égalité en droit de tous les parents est respectée dans le choix de l’éducation de leurs enfants en même temps que ceux-ci disposent d’une égalité de chances préférable à celle que leur offre aujourd’hui en France la sectorisation scolaire qui fait obligation aux enfants d’aller dans des collèges ou lycées affectés selon leur résidence.


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