Skip to content

Fondation pour l'Ecole

Narrow screen resolution Wide screen resolution Increase font size Decrease font size Default font size
ACCUEIL arrow Publications arrow Les Chroniques arrow Où va l'Enseignement catholique ?
Où va l'Enseignement catholique ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Un grand débat Famille Chrétienne / KTO, été 2008

Pour la première fois depuis la polémique suscitée par les propos de Mgr Cattenoz sur l'identité en crise de l'École catholique (cf. FC n° 1498 du 30 septembre 2006), des évêques ont débattu publiquement avec des personnalités du monde scolaire du caractère propre de l'Enseignement catholique sous contrat. C'était le 14 février sur la chaîne de télévision catholique KTO, à l'occasion d'une émission spéciale en partenariat avec Famille Chrétienne.

EXTRAITS CHOISIS PAR CLOTILDE HAMON / PHOTOS : KTO

 

 


Le caractère propre de l'Enseignement catholique est-il en crise?

Éric de Labarre,
secrétaire général de l'Enseignement catholique.
On a connu un creux de vague dans les années 85-95, où les établissements catholiques ont été surtout préoccupés par un souci d'équilibre économique et de recru tement. Perdant des élèves, il y a eu peut-être la tentation de penser que la meilleure façon de faire venir des élèves, c'était de gommer le caractère spécifique des établissements. Or le diagnostic de l'époque s'est avéré complètement erroné.


Mgr Guy Bagnard
évêque de Belley-Ars.
Quand on enseigne les mathématiques, qu'on soit dans le public, le privé, ou l'Enseignement catholique, ce sont les mêmes mathématiques. Par contre, il y a un climat qui est porté par une vie chrétienne, un esprit évangélique, qui fait que l'enseignement est reçu et donné dans un contexte tout autre.

Françoise Candelier,
institutrice dans le public, membre du réseau Slec (Savoir lire, écrire, compter, calculer).
Les programmes de 2002 sont appliqués à l'Enseignement catholique comme dans le public. Donc du point de vue des contenus, c'est aussi médiocre que dans le public, à cela près que dans les écoles privées il y a une sélection quand même plus importante, donc des enfants moins en difficulté et donc une exigence qui peut s'exprimer davantage.

Gilbert Sibieude,
président de l'association Famille École Éducation et du site lire-écrire.org
La hiérarchie catholique, comme tous les publics - parlementaires, députés, sénateurs, journalistes, etc. - est assez ignorante de la question fondamentale de l'instruction. Dans le livre publié sous la direction de Mgr Dagens, il n'y a quasiment rien sur l'instruction. Dans celui de Mgr Cattenoz, il y a une page sur plus d'une centaine. On a l'impression que l'éducation prime l'instruction, alors que le cardinal Garonne répétait : l'école catholique est d'abord une école.

Anne Coffinier,
présidente de Créer son école .
Le savoir en tant que tel, en tant que lié à la vérité, tourné vers la vérité, est un bien désirable en soi. Je crois que c'est la grosse différence avec la conception qui sous-tend l'éducation actuelle dans laquelle finalement le but est de faire de bonnes études pour avoir de bonnes situations, un but tout à fait matérialiste. Ce but-là a largement contaminé malheureusement les écoles catholiques sous contrat.

 


Mgr Jean-Pierre Cattenoz
Archevêque d'Avignon

Anne Coffinier
Présidente de Créer son Ecole

Anne Crosnier
Professeur au lycée St Jean Hulst

Eric de Labarre
Sec. Gén. de l'Enseignement Catholique



Comment interpréter les motivations des parents qui rejoignent l'Enseignement catholique?

Mgr Éric Aumônier,
évêque de Versailles, membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes, en responsabilité pour l'Enseignement catholique.

La crise de l'école, d'abord une crise morale

Et si la crise de l'école touchant la transmission des savoirs était d'abord une crise morale et spirituelle, liée au nihilisme ambiant? Quand la vie n'a pas de sens, comment l'enseignement peut-il en avoir un ? On récolte ce que l'on a semé. Partant du néant, on retrouve du néant, diagnostique le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely dans La Débâcle de l'école - Une tragédie incomprise (éd. François-Xavier de Guibert, 248 p., 22 €).

Paru à la rentrée scolaire 2007-2008, ce livre rassemble des intervenants de tous bords autour des mêmes constats : héritiers de l'idéal républicain de Jules Ferry, et chrétiens fervents, comme le catholique Laurent Lafforgue, qui a dirigé l'ensemble avec Liliane Lurçat.

Du cours morcelé en séquences de vingt minutes, à l'ORL (observation raisonnée de la langue) au fil des textes, sans règles générales, en passant par l'apprentissage de l'Histoire sans chronologie... l'essai analyse les symptômes, et en amont, s'interroge sur le malaise de transmettre, contracté par les élites sans la complicité desquelles la débâcle de l'école n'aurait pas eu lieu. Le fait d'intelligences vieillissantes, guettées par l'ennui, la lâcheté, le nihilisme, le dégoût de la tâche répétitive et pourtant toujours nouvelle d'enseigner... Trop éloignées de la vie pour songer à mettre le monde à la portée des petits. Trop éloignées de toute conviction profonde pour prendre au sérieux l'édification et la construction de l'homme. Comme si, lassées des grands restaurants qui les ont nourries, elles préféraient désormais s'encanailler dans une école self-service, où tous les plats sont mélangés, où les élèves doivent se contenter d'aliments formatés sortis des frigos, en se servant tout seuls, dès le plus jeune âge.

Embarquées dans le même bateau de l'Éducation nationale, l'École publique et l'Enseignement catholique ont subi tous les deux l'océan d'arbitraire qui préside aux réformes depuis quarante ans, repoussant la transmission du savoir à la marge de l'enseignement. À l'Enseignement catholique de garder un cap, dans la mesure où il dispose d'une véritable marge de manµuvre (sous-estimée) du fait de son fameux caractère propre, et parce que les chrétiens qui ont la foi savent pourquoi ils transmettent.

 
CLOTILDE HAMON
 

Les uns ont la foi, les autres pas, les uns sont catholiques, les autres pas. Et tant mieux ! L'École catholique, c'est sa grande chance, vit dans ce monde, dans cette société, et il serait tout à fait anormal et bizarre qu'elle échappe aux secousses et aux défis devant lesquels nous nous trouvons.

Françoise Candelier,
La grande majorité des parents qui inscrivent leurs enfants dans le privé catholique le font en grande partie parce que le public ne donne plus le niveau d'instruction suffisant. J'invite l'École privée catholique à se méfier de cette tendance que nous avons dû supporter dans le public depuis quarante ans à peu près : c'est-à-dire l'école devant offrir avant tout aux familles un climat, une éducation, au détriment de l'instruction. Des écoles dans lesquelles les enfants sont bien, s'amusent, sont citoyens, respectent autrui, le grand catéchisme à la Meirieu, on connaît très bien. Mais maintenant on n'instruit plus, et tout le monde s'en va vers le privé sous contrat. Et peut-être qu'un jour ça arrivera aussi à l'École catholique de subir ça, et on ira vers les écoles hors contrat.

Anne Coffinier,
Les parents veulent une plus grande harmonie entre la vie familiale et l'école, non pas nécessairement que la vie familiale soit particulièrement spirituelle ou très riche religieusement, mais parce qu'ils ont la conscience que c'est un trésor que la tradition catho- lique nous livre. Ils veulent que leurs enfants reçoivent ce trésor, qu'ils soient héritiers de cette grande tradition éducative et spirituelle de l'Église .

Mgr André Fort,
évêque d'Orléans.
Les parents ont des motivations au départ. Mais l'intérêt c'est de savoir ensuite ce qui s'est passé pour l'enfant et la façon dont les parents vont découvrir et s'associer au projet de l'Enseignement catholique. Comme dans notre conviction ce sont les parents qui sont les premiers responsables et les premiers éducateurs de leurs enfants, il faut leur dire : voilà la collaboration que nous attendons de vous. Il faut que ça, au départ, ce soit de plus en plus clair.

Véronique Dintroz-Gass,
présidente de l'Unapel (Union nationale des associations de parents d'élèves de l'Enseignement libre).
Pour nous, l'important n'est pas de savoir pourquoi les parents rentrent dans l'établissement, mais pourquoi ils y restent. Il y a aussi une attente qu'on les aide à cheminer. Ils se disent : je vais prendre le risque de grandir avec cet enfant et avec cet enseignant.

Mgr Éric Aumônier,
II faut que le projet d'établissement soit clair, explicite, et ne se contente pas de grandes phrases. Cela s'exprime par non seulement la référence à l'Evangile en général, mais par : qu'est-ce que le respect de la personne pour le Christ? Qu'est-ce que la personne humaine, qui est à l'image et à la ressemblance de Dieu et qui est promise à la résurrection ? Et il ne suffit pas de le dire. C'est un travail permanent.



Profs et chefs d'établissements : la clé du caractère propre?

 

Mgr Éric Aumônier,
Je souhaite pour ma part dans mon diocèse - mais je pense que tout évêque fait la même chose -être tenu au courant très précisément par le directeur diocésain des

candidatures possibles de chef d'établissement pour tel ou tel établissement. Que l'évêque non seulement soit prévenu mais mis dans les conditions de pouvoir prendre une décision.

Etienne Roulleaux-Dugage,
secrétaire général du Réseau Lassalien.
On choisit un enseignant d'abord en fonction de sa compétence. Vous avez un établissement d'enseignement technique et professionnel. Vous cherchez un professeur d'électrotechnique. [...] Vous réussissez à trouver le professeur ad hoc, parfois par les circuits les plus compliqués. Pas de chance, ce professeur, il n'est pas chrétien. Qu'est-ce que vous faites ? C'est là où le projet de l'Enseignement catholique est très important : est-ce qu'il y a dans cette école catholique une communauté qui puisse accueillir cette personne et la faire progresser?

Éric de Labarre,
Ce qui est fondamental dans l'acte d'enseigner, c'est quand même la raison qui conduit à transmettre le savoir, tout autant que le contenu même du savoir que l'on transmet.

Mgr Guy Bagnard,
II y a cinquante ans, toutes les écoles catholiques étaient pilotées par des prêtres, religieux, religieuses. Il y a eu une transformation considérable. Il a fallu compenser leur diminution par des laïcs, qui n'étaient pas forcément préparés à ce genre de travail.

Anne Crosnier,
membre de la Communion missionnaire des éducateurs.
L'enjeu pour un professeur chrétien, c'est à la fois de réussir à être un bon professeur, mais aussi de remplir sa mission de chrétien. C'est d'articuler ces deux dimensions, qui ne sont pas toujours faciles à mener ensemble. D'abord à cause d'un manque de bases solides, qui demande à ma génération de se former.

Père Yannik Bonnet,
auteur des Neuf Fondements de l'éducation.
II est dérisoire de penser qu'on pourra maintenir un caractère propre si on n'est pas responsable de la formation des maîtres et de leur choix. Des affirmations de ce que l'Église catholique dit de l'homme sont bafouées par des professeurs qui à haute voix contestent l'enseignement de l'Église sur des sujets comme la contraception, l'avortement, l'homosexualité, etc.

 


La pédagogie chrétienne, un bien à reconquérir ?

 


Mgr Éric Aumônier,
Peut-être que le mot "valeur" est trop vague et qu'il faut le préciser, certainement, même. Il ne suffit pas de dire "des valeurs chrétiennes", il faut voir ce que ça veut dire : le respect de la personne, la charité fraternelle, l'estime mutuelle et l'entente des profs les uns avec les autres. Tout ça fait un climat éducatif.

Mgr André Fort,
Ce qui m'intéresse maintenant, c'est de réveiller le courage de ceux qui sont à l'intérieur des établissements et qui, jusqu'à présent, étaient un peu intimidés ou se laissaient trop réduire au silence mais qui, au fond d'eux-mêmes, étaient là et y restaient parce qu'ils savaient qu'ils étaient à l'intérieur d'une belle tradition, et qu'elle méritait de porter davantage ses fruits.

Mgr Cattenoz,
archevêque d'Avignon.
J'ai déjà parlé d'un Grenelle de l'Enseignement catholique , ce serait intéressant de mettre sur la table toutes ces idées. [...]
Il faudrait avoir l'audace d'ouvrir des négociations avec les pouvoirs publics sur de nouveaux types de contrats. Si les écoles, les chefs d'établissement ou les responsables de tutelle n'ont plus d'emprise sur l'embauche des maîtres, nous risquons d'ici à quelques années d'avoir des corps enseignants qui seront de plus en plus loin de ce projet éducatif chrétien.

Éric de Labarre,
Ce n'est pas tant la question du contrat lui-même que la question de la liberté que le contrat laisse aux équipes éducatives, qui est importante. De là à toucher à l'édifice législatif de 1959, au risque, dans un pays extrêmement sensible à tout ce qui touche à la laïcité, nous le voyons bien avec ce qui s'est passé ces dernières semaines (un certain discours au Latran, un autre à Ryad)... Je crois qu'il y a un pas qu'il faut bien calculer avant de le franchir.

 

 

Vers un troisième acte?

oswald.jpgDix-huit mois après la retentissante interview de Mgr Cattenoz dans Famille Chrétienne, voici donc une émission-débat qui se présente explicitement comme sa suite. Ce deuxième acte n'avait rien d'évident. L'émotion qui s'empare des esprits en France dès qu'il s'agit d'enseignement et de pédagogie rend le sujet risqué. Mais il devient brûlant quand il est question non seulement des intelligences, mais des âmes: Et Dieu dans tout ça ? avions-nous titré alors.

Or voici réunis sur un même plateau des acteurs majeurs de l'Enseignement, trois évêques, le secrétaire général de l'Enseignement catholique, la présidente de l'Una-pel, et des électrons libres présidents d'association agissant tant en marge de l'École catholique sous contrat qu'au sein de l'Enseignement public. Un cocktail a priori instable ! Pourtant ils se sont accordés sur la gravité de la situation de l'Enseignement en France, et nul ne s'est récrié à la proposition finale d'un Grenelle de l'Enseignement catholique, portant sur les contenus, la pédagogie, le recrutement et la formation des maîtres, le financement, sans oublier l'annonce et l'enseignement de la foi dans les écoles.

Ira-t-on jusqu'à ce troisième acte? C'est peu dire qu'il est attendu avec impatience ! D'ici là, certaines mesures d'urgence consistant à se dispenser de certains manuels ou à ne plus tolérer que l'enseignement de l'Eglise soit contredit au sein d'établissements catholiques, permettraient d'attendre avec plus de sérénité.

PHILIPPE OSWALD

 

 
< Précédent   Suivant >

Les chroniques

Le blog

   

Annuaire des écoles

 

Histoires d'écoles

Saint Maur
 

Recherche

  • Français