|
La réforme de l'orthographe : le professeur d'orthographe de l'ILFM, interrogé par les médias, s'y oppose.
EDUCATION – Le débat sur les difficultés de la langue française est relancé…
Faut-il simplifier l’orthographe? Cette question revient sur le devant de la scène avec la récente parution de Zéro Faute de François de Closets (éd. Mille et une Nuits). Dans son ouvrage, l’essayiste, qui avoue être «nul» en orthographe, prône une simplification massive de la langue française.
François de Closets considère qu’avec l’avènement des nouvelles technologies et les abréviations utilisées dans les SMS et les chats, il est temps d’évoluer. Et de ne plus blâmer les enfants qui ont zéro en dictée. Bernard Fripiat, auteur dramatique belge et coach en orthographe, est du même avis. «Les nouvelles technologies ont changé le rapport à l’orthographe. Aujourd’hui, avec Internet, tout le monde doit aller vite et cela engendre des erreurs fréquentes», estime l’auteur de 99 Questions à mon coach d’orthographe (éd. Demos), joint par 20minutes.fr.
«Et si on simplifiait?»
Si Bernard Fripiat aime les belles lettres, il voit chaque jour à quel point ses élèves souffrent d’ingurgiter toutes les règles de la langue française. Il a créé pour eux une «comédie orthographique» intitulée «Et si on simplifiait?». Pour Bernard Fripiat, une grande réforme est nécessaire: «Si on simplifie, il faut y aller carrément et pas à moitié.» Cela passerait notamment par une suppression des accents ou des doubles consonnes à l’écrit.
Cette nouvelle tentative de débat a réveillé les défenseurs de la langue française traditionnelle. Jean-Yves Dournon, auteur de nombreux ouvrages sur l’orthographe, trouve qu’une réforme aussi importante serait «totalement aberrante, une ânerie totale».
Une réforme possible mais progressive
Jean-Pierre Colignon, correcteur au journal Le Monde, redoute surtout qu’une trop grande simplification de notre langue entraîne des «modifications qui mettent dans la tête des enfants des choses irrationnelles». Selon lui, l’orthographe est une composante de la culture générale et il serait plutôt «partisan d’une simplification progressive mais raisonnable et réfléchie», confie-t-il à 20minutes.fr.
Si la plupart des linguistes ne sont donc pas contre certaines réformes, ils modèrent largement les propositions de François de Closets. «Cela doit rester dans une logique de la langue, il ne faut pas niveler ou gommer tout ce qui dépasse», explique à 20minutes.fr Dominique Meyer, professeur de lettres, car «il existe tout de même des règles orthographiques et grammaticales incohérentes» qu’il ne serait pas superflu, selon elle, de retirer.
Par exemple les verbes finissant en «eler»: «Ruisseler» et «harceler» se terminent pareil mais quand on conjugue, cela donne «ruisselle» et «harcèle». Ou encore le mot «nénuphar» qui ne vient pas du grec mais qui contient un «ph» simplement pour «faire joli». L’écrire «nénufar» (sic) serait plus simple et parfaitement acceptable, selon Dominique Meyer.
Article paru dans 20 minutes du 04/09/09 |