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Fondation pour l'Ecole

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La révolution silencieuse Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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La révolution silencieuse
Partir à l'assaut des préjugés mutuels
Entretien avec Anne Coffinier

Partir à l'assaut des préjugés mutuels

Le plus difficile? Les salaires faibles, les frais de scolarité élevés, même si l'AES (Association éduca­tion-solidarité, www. as se ducs ol. com) parvient à verser de substan­tielles bourses aux familles. Pifficile aussi, « l'étiquette sur le front : celle des parents qui ont de l'argent et qui restent entre eux, qui ne savent pas "accueillir l'étranger". Les "on-dit", dans les dîners où ça parle bien, où certains se laissent aller à des propos virulents, même si je n'en ai jamais rencontré. Chez certains responsables chrétiens, il y a une volonté farouche de se couler dans la masse, un complexe terrible vis-à-vis de sa foi. Il y a plus de tolérance envers les homos que vis-à-vis d'une tête catho qui se fait remarquer».

Il existe aussi des liens très cor­diaux et fraternels entre ces écoles indépendantes et les diocèses, mais les préjugés ont la vie dure, chacun restant coincé entre son aile gauche

« Comment pouvez-vous aider ces écoles d'intégristes?», ou son aile droite « Qu'avez-vous lâché pour que le diocèse vous aide ?». Entre les parents qui se battent pour « réfor­mer de l'intérieur» et ceux qui se battent pour « construire à côté », c'est parfois l'incompréhension.

Une fondation nationale, pour changer la donne

« Pourquoi l'un exclurait l'autre ? » plaident les partisans du dialogue. En fait, c'est l'idée même de contractualisation de la relation famille-école, l'absence de moule national, qui cristallisent la mé­fiance. En France, le débat auto.ur du rôle de l'État et de la liberté sco­laire reste verrouillé par une langue de bois généralisée ou bien des haines tenaces, sans même évo­quer la question religieuse.

Si le credo pédagogique des écoles indépendantes rejoint celui des principales associations de dé­fense de l'école du savoir (Grip(2Ï, Slecc(3), «Reconstruirel'école», et autre «Sauver les lettres»), elles en sont souvent très mal vues, car, hors du cadre républicain, point de salut pour tous.

Nation, société, développement de la personne, les mots sont piégés, chacun y mettant des choses diffé­rentes, et les lignes de partage com­plexes. Le lancer d'anathème est plus aisé que l'effort pour se com­prendre les uns les autres. «Des gens qui ne se rencontrent jamais s'ignorent et déforment les thèses les uns des autres. »

Avec 450 écoles et 45 000 élèves, un vrai soutien des collectivités locales, les écoles indépendantes ont pourtant trouvé leur place sans crier gare dans le paysage scolaire français. Une école comme Saint-Dominique, une des premières à avoir été créée par des familles, en 1992, est devenue une véritable institution au Pecq, petite ville des Yvelines. L'établissement ac­cueille aujourd'hui 600 élèves

de la maternelle à la termi­nale. Avec un lycée qui affiche 100 % de réussite au bac, 77 % de mentions pour le cru 2008 (sans écrémage, mais avec obligation expresse de fournir un vrai travail personnel), des élèves acceptés sans problème dans les prépas les plus prestigieuses (Stan, Henri-IV, Janson-de-Sailly) et un lauréat au concours général en série physique la même année, la première où les copies des candidats du hors contrat ontétéenfin prîsfes en compte... ' En fait, c'est^Fondation pour l'école qui a permis aux écoles indé­pendantes de sortir de l'anonymat. Enarque et normalienne, munie d'un carnet d'adresses et d'un réseau inhabituels dans le maquis scolaire alternatif et catho, Anne Coffinier a déboulé il y a quelques années un peu comme un chien dans un jeu de quilles (voir page de droite). Personne ne la connaissait. Passionnée, travailleuse acharnée, culottée aussi, elle a rencontré tout le monde, créé un site et une association d'aide à la création d'école (www.creer-son-ecole.com), une Fondation pour l'école décla­rée d'utilité publique en deux coups de cuillère à pot, et un ins­titut de formation (ILFM, comme « Institut libre de formation des maîtres ») qui fait le plein d'étu­diants, malgré un diplôme non reconnu par l'État.

Installé dans des locaux de la Faco (Faculté libre de droit, d'économie et de gestion) dans le VIe arrondissement de Paris), l'ILFM est dirigé par Marie de Préville, ancienne professeur de lettres classiques à Saint-Jean-de-Passy. On y croise des forma­teurs de prestige comme Laurent Lafforgue, médaille Fields en ma­thématiques, défenseur inspiré de l'école des savoirs, le profes­seur de philosophie et dramaturge Fabrice Hadjadj, ou l'historien Jean de Viguerie...

Et aussi des anonymes, maîtres dans leur spécialité, enthousiasmés par l'initiative, comme Ludovic Laloux4, docteur en Histoire reli­gieuse, agrégé d'Histoire-géo, et professeur au lycée Saint-Jude (catholique, sous contrat avec l'État), à Armentières, dans le Nord. Lui qui a enseigné à l'IUFM du Nord-Pas-de-Calais pendant trois ans, où il a été frappé par la persis­tance de clichés jamais entendus à l'université : «Des choses du genre "Église = obscurantisme", tout le vieux laïcisme hérité de la III ° Répu­blique, sans parler du jargon péda­gogique, des poncifs intellectuels. Et surtout: aucune prise en compte des avancées de la Recherche aujour­d'hui. À l'ILFM, je croise des gens qui ont l'envie et la joie d'apprendre. On le voit au premier symptôme : la prise de notes».

La formation des maîtres, un enjeu crucial

Dans sa spécialité, très délabrée et cible de toutes les fantaisies politiques à l'Éducation nationale, il brode des cours aux petits oignons en réactualisant les « vieux poncifs » avec les dernières avan­cées, de la recherche «qui n'est pas fixée, on omet souvent de le dire », que ce soit sur la datation des Évangiles, la Révolution française ou la construction européenne... Du côté des étudiants, on trouve tous les profils, mais la même vocation du métier. Marie, jeune enseignante déjà titularisée dans l'Enseignement catholique sous contrat, a repris une formation à l'ILFM, après être passée par les CFP (Centres de formation pédagogique), équivalents des IUFM pour le privé, où de l'avis général, on trouve aussi, ça et là, des vieux rogatons des sciences de l'éducation.

Comme ses camarades du public, passés par l'IUFM, elle s'estime « très mal formée » : « J'ai retrouvé au CFP toutes les idées sur l'enfant qui construit lui-même son savoir, entendu dans le sens de "l'enfant apprend tout seul, nous sommes juste des animateurs", le credo années 70 du "travail en groupe"; on en a plus que mangé. »

Elle évoque aussi les cours de culture chrétienne, où on explique que le credo catholique actuel n'a plus grand intérêt. Elle décrit un milieu très compliqué et paradoxal, où les étudiants ne mettent pas trop en avant le fait d'être catho­lique : «C'est quitte ou double, car les questions de personnes sont prépondérantes. Une lettre de re­commandation de tel ou tel prêtre pourra éliminer ou favoriser une candidature».

En attendant, la directrice de l'école catho sous contrat où elle enseigne n'a rien trouvé à redire à son inscription à l'ILFM. «En fait, résume une directrice d'école catholique de la région parisienne, beaucoup de gens sont d'accord : bien souvent, c'est le discours officiel qui bloque. »

 

(1) Le Cours saint-Anne (de la grande section au CM2) est né il y a une dizaine d'années, à l'initiative de deux institutrices, Florence Bouvet et Brigitte Maurice.
(2) Grip: Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes.
(3) Slecc: Savoir lire, écrire, compter, calculer.
(4) Ludovic Laloux s'occupe de l'association «Louisianes», qui offre à des jeunes une session annuelle de formation (25-29 août 2009) pour les aider et les affermir dans leur foi (louisianes.over-blog.com)



 
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